Hausse du chômage, "la tendance pour au moins deux ans"

8.900 demandeurs d'emploi se sont inscrits à Pôle emploi en janvier. "Ça va continuer à se dégrader lentement", estime l'économiste Marion Cochard. Interview.

Confirmant l'échec du gouvernement, qui s'était engagé à inverser la courbe du chômage à la fin de l'année 2013, la fameuse courbe poursuit sa progression en janvier 2014. Le nombre de chômeurs en catégorie A a augmenté de 0,3% par rapport à décembre, soit 8.900 personnes supplémentaires inscrites à Pôle emploi, a annoncé le ministère du Travail mercredi 26 février. Une tendance lourde, comme l'explique Marion Cochard, économiste à l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques).

En janvier comme en décembre, la hausse se poursuit. Est-ce une vraie tendance ?

- C'est comme tous les mois : une hausse ! Certes, une hausse plus faible que ce qu'on voyait début 2013, en pleine crise. Mais même si nous ne sommes plus au cœur de la dégringolade.

Mais, selon vous, cette hausse va se poursuivre ?

- Ça va continuer à se dégrader lentement. Ces chiffres sont très volatiles. La marge d'erreur statistique de Pôle emploi est de 15.000 : ce qui veut dire que sur certains mois, on pourra avoir des baisses. Mais, globalement, la tendance est à la hausse. On est parti là-dessus pour au moins deux ans.

Quand Michel Sapin annonce "moins de chômeurs à la fin de l'année", il se trompe ?

- En tout cas, cela s'engage mal. Ensuite, y-aura-t-il des annonces en matière de politique de l'emploi, je ne sais pas. Le gouvernement a déjà annoncé 50.000 emplois d'avenir supplémentaires, mais ça ne suffira pas.

Quelles sont les possibilités pour que cet engagement du ministre du Travail soit tenu ?

- Principale possibilité : qu'on se soit tous trompés sur les chiffres de la croissance et qu'elle soit plus élevée qu'attendue. Mais cela me semble peu probable car nous sommes encore en situation d'austérité et de rigueur.

Le Pacte de responsabilité jouera-t-il sur la croissance ?

- Je ne pense pas. On n'en a pas encore les détails mais a priori, il ne devrait pas être mis en place avant 2015, voire 2016. Actuellement, le CICE [Crédit impôt compétitivité emploi, NDLR] monte en puissance et il est probable que le Pacte de responsabilité prenne la suite en 2016. Peut-être le gouvernement voudra-t-il accélérer le mouvement et cumuler la deuxième partie du CICE et le pacte pour 2015 mais, pour 2014, il ne va pas se passer grand-chose.

Et les emplois aidés ne suffisent pas à faire bouger les lignes. Comment l'expliquez-vous ?

- La population active augmente de 120.000 personnes par an. Il faut que les créations d'emplois atteignent ces niveaux-là pour au moins stabiliser le chômage. Si on met 50.000 emplois aidés supplémentaires, il faut créer 70.000 emplois. Or on n'aura probablement pas suffisamment de croissance en 2014 pour ça.

L'activité réduite se développe. C'est un bon ou un mauvais signe ?

- Le chômage augmente, le chômage de longue durée augmente et le sous-emploi augmente. Le marché du travail est très dual, avec des personnes en emploi stable qui ont été peu touchés par la crise et, de l'autre côté, une partie du marché du travail composée des plus précaires qui vont alterner des périodes de contrats courts avec le chômage. Mais il y a surtout les chômeurs de longue durée. Eux, pour le coût, sont dans une situation où ils n'arrivent plus à sortir du chômage. Il y en a de plus en plus.

Le gouvernement s'engage sur un plan de réduction de la dépense publique. Est-ce un risque supplémentaire pour la croissance ?

- La politique d'austérité s'est traduite par des hausses d'impôts. Maintenant, on va avoir une baisse des dépenses. Pour l'OFCE, cela devrait coûter 0,9 point de croissance à l'économie française en 2014. En sortie de crise, on a traditionnellement des taux de croissance élevés, entre 2% et 3%. Si c'est 2% et qu'on retire 1% en raison des baisses de dépenses publiques, il ne reste plus grand-chose pour faire baisser le chômage !

Tout le problème du gouvernement c'est celui-ci : il s'est engagé à réduire les déficits extrêmement rapidement, ce qui est un frein pour la croissance. Si on traîne cette croissance très faible depuis la rechute de 2011, c'est d'abord en raison de la politique budgétaire. Le gouvernement doit pouvoir négocier un peu avec Bruxelles car, vu ce qui a été annoncé, la croissance sera encore plombée jusqu'en 2017.

Propos recueillis par Louis Morice





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