Assurance-chômage : la négociation vire à l’affrontement

La CGT accuse le patronat de « provocation ». La CFDT veut avancer sur les droits rechargeables. Le Medef fait front.

Le ton a été donné d’entrée. A son arrivée au Medef, pour la reprise jeudi matin de la négociation des règles d’assurance-chômage, le négociateur de la CGT, Eric Aubin, criant à la « provocation », a théâtralement déchiré le document de propositions patronales transmis la veille par le Medef. Il a même rejoué la scène à la demande de photographes et cameramen qui l’avaient manqué... Les intermittents du spectacle, dont le régime est dans le viseur du Medef et qui ont occupé en réaction des locaux... du ministère de la Culture, auront apprécié la performance. FO et la CFDT ont elles aussi de nouveau fermé la porte à toute remise en cause de ce régime, accusant le Medef de jouer à « faire du buzz. »

Le reste des propositions patronales n’a pas reçu meilleur accueil. L’idée de moduler les droits en fonction du taux de chômage, « absurde » selon FO et « aberrante » pour la CFTC, a été repoussée par tous. La CFDT n’exclut toutefois pas d’en discuter à l’avenir. Tout comme celle d’obliger les contractuels de la fonction publique à cotiser à l’Unedic. Quant aux autres idées avancées par le Medef (report des bornes d’âge, encadrement plus strict du cumul activités réduites/allocations. déplafonnement du délai de carence), elles constituent globalement pour les syndicats un « recul des droits » inacceptable dans un contexte de chômage record. Dans la matinée, Jean-Marc Ayrault, avait reproché, sur Europe 1, au patronat de jouer au « casse-cou » avec ses propositions, répétant que « ce n’est pas en période de chômage qu’on va dégrader les indemnités ». Sur les intermittents , il « déconseille au Medef de persévérer dans cette erreur ».

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En réponse à ces critiques,Jean-François Pillard (Medef), fait valoir que « ne rien faire dans la période actuelle,c’est prendre le risque, dès 2017, de remettre en cause l’existence même de l’assurance chômage », plombée par un lourd déficit et une dette cumulée record (17,8 milliards d’euros fin 2013).

La séance aura dès lors marqué un net regain de tensions entre un Medef décidé à faire des économies et des syndicats vent debout contre une logique « comptable ». « Un fossé s’est creusé  », a estimé Eric Aubin, évoquant de futures mobilisations pour « construire un indispensable rapport de force. » Pour FO, Stéphane Lardy a appelé le Medef à « sortir des postures » et « se calmer » d’ici à la prochaine séance, le 27 février, pour laquelle le patronat promet de présenter un premier projet d’accord.

Plus mesurés, les syndicats réformistes n’en montrent pas moins eux aussi des signes d’impatience et d’inquiétude. Franck Mikula (CGC) « doute qu’on puisse aboutir d’ici fin mars ». Pour la CFDT, Véronique Descacq a jugé « très dure » la déclaration conclusive du Medef et rappelé que « le préalable avant de discuter des autres sujets est d’instaurer les droits rechargeables. »

« Je leur ai dit, et je le répète, qu’il est inenvisageable pour la délégation patronale que la négociation se résume à des aménagements à la marge et des coûts supplémentaires », a commenté Jean-François Pillard à l’issue de la séance, réaffirmant aussi sa volonté d’aborder la question des intermittents : «  Cela fait des années que le sujet est posé et que, collectivement, on fuit nos responsabilités ; hé bien pas cette fois ! » Le ton, là aussi, est clairement donné. D.P.



Écrit par Derek PERROTTE 
Journaliste
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