Le chômage et sa courbe, une histoire tordue de statistiques

Hollande a-t-il perdu son pari d'inverser la courbe du chômage avant 2014 ? Tout dépend des chiffres que l'on veut montrer.

Le jour était crucial pour François Hollande. Le président avait promis "d'inverser la courbe avant la fin 2013". En attendant les chiffres de décembre (qui tomberont fin janvier), la sentence pour le mois de novembre est tombée jeudi 26 décembre à 18h.

Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A (sans activité) s’établit à 3.293.000 en France métropolitaine fin novembre 2013. Après une baisse en octobre, le chômage a augmenté de 17.800 demandeurs d’emploi, soit une hausse de 0,5%, annonce Pôle emploi.

"L'inversion est amorcée"

Le chiffre apparaît mauvais. François Hollande semble avoir perdu son pari. Pourtant, le président affirme que "l'inversion de la courbe du chômage est bien amorcée". "Les chiffres du chômage pour le mois de novembre (+17.800) viennent atténuer ceux du mois d’octobre (-20.500), mais ils ne modifient pas la tendance", écrit l'Elysée dans un communiqué. "C’est une bataille de chaque jour. La diminution durable du chômage est désormais à notre portée."

"L'inversion est amorcée", "c'est une vérité", martèle de son côté le fidèle ministre du Travail Michel Sapin, sur les ondes d'Europe 1. "L'inversion de la courbe, elle est là, le chômage il est en train de baisser, trop modestement, il faut l'amplifier."

"Un échec complet"

Sans surprise, la rengaine diffère dans les rangs de l'opposition. Jean-François Copé voit dans cette hausse du chômage "un échec complet de la politique de François Hollande". Le président de l'UMP "demande solennellement à François Hollande d'en finir avec l'idéologie et l'amateurisme."

Le député UMP des Alpes Maritimes Eric Ciotti ironise sur la communication de la présidence. "Le communiqué de l'Elysée sur le chômage confirme qu'Hollande prépare sa reconversion comme humoriste", écrit-il sur Twitter.

Le Parti communiste juge "bien dérisoires" les "stratégies de communication" autour des chiffres du chômage.

"Le Figaro" fustige à la Une un "Hollande en plein déni" et l'éditorialiste du quotidien conservateur, Jacques-Olivier Martin, constate que "le joli conte de Noël sur la baisse du chômage tourne au camouflet" pour le locataire de l'Elysée.

Où est la vérité ?

Qui a raison ? Qui a tort ? Où est la vérité ? Loin d'être évidente, la lecture des statistiques liées aux chiffres du chômage offre de nombreuses conclusions différentes.

Pour appuyer leurs propos, Michel Sapin et François Hollande utilisent un tableau bien précis des chiffres du chômage : les variations de la moyenne du nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A d'un trimestre sur l'autre.

Ce graphique a l'avantage de montrer que le nombre supplémentaires de demandeurs d'emploi diminue de trimestre en trimestre.

Le tableau montre effectivement une courbe descendante du 1er trimestre au 4e trimestre 2013. Il y a donc une "inversion" par rapport à la tendance à la hausse de l'année 2012. Mieux, il prouve aussi que sur la fin de l'année 2013, le chômage diminue en valeur absolue.

Il y a moins de demandeurs d'emploi inscrits au 3e trimestre 2013 qu'au 4e trimestre 2013. Pour l'instant, car il faut encore attendre les chiffres du chômage du mois de décembre.

Pour contrer l'argumentation du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, l'opposition préfère utiliser un autre tableau : le nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A chaque mois. Ici, les chiffres sont bruts. Sur ce graphique, le nombre de demandeurs d'emploi ne diminue pas. La courbe ne s'inverse pas. Au contraire. Elle monte.

La vérité est finalement relative. George Gallup, statisticien et sociologue américain, dont le nom est devenu synonyme de "sondage d'opinion", assurait de son vivant que "par la statistique, [il] pourrai[t] prouver l’existence de Dieu".

Paul Laubacher







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