Emplois aidés: un outil anti-chômage prisé par le gouvernement comme par ses prédecesseurs

PARIS, 24 déc 2013 - Stevens, 21 ans, a signé en novembre un "contrat aidé" pour être agent d'entretien: "C'était ça ou le chômage", résume-t-il. Pour inverser la courbe, le gouvernement compte d'abord sur ces emplois subventionnés, décriés par la droite qui y a pourtant eu largement recours.

Après six mois de chômage, le jeune homme a décroché un contrat pour travailler 26 heures par semaine dans une salle de spectacle, dans l'Orne. "J'ai cherché partout, à Chartres, à Tours, j'étais prêt à prendre tout ce qui venait", raconte-t-il à l'AFP.

"C'est un contrat aidé d'un an, mais ça reste un travail comme un autre. Ça permet de se faire connaître et de se former pour une autre orientation", témoigne ce titulaire d'un BEP comptabilité qui rêvait d'être mécanicien.

En novembre, Stevens a donc quitté la catégorie A de Pôle emploi (3,27 millions de chômeurs sans activité) pour la catégorie E, où sont recensés les bénéficiaires de ces emplois subventionnés tout ou en partie par l'Etat. Objectif : insérer sur le marché du travail les personnes les plus en difficulté (chômeurs de longue durée, bénéficiaires des minima sociaux, jeunes décrocheurs...).

La baisse du nombre des inscrits en catégorie A (-20.500), la plus scrutée, a fait dire fin novembre à François Hollande que l'inversion promise de la courbe du chômage était "amorcée".

Immédiatement, le patron de l'UMP, Jean-François Copé, a dénoncé un "recours massif" aux contrats aidés. Pour l'UMP, ils ne sont qu'un "pis-aller" qui "installe des chômeurs dans des pseudo-emplois précaires et aggrave le déficit des dépenses publiques", avec un coût estimé entre 4 et 5 milliards d'euros pour 2013.

Réponse du ministre du Travail Michel Sapin : "Aujourd'hui il n'y a même pas encore le même nombre d'emplois aidés que sous Sarkozy, au moment où le chômage avait explosé en 2009-2010".

Jacques Chirac, "inventeur" du contrat aidé

En 2012, le ministère du Travail a enregistré 499.000 entrées en contrats uniques d'insertion (CUI), un chiffre comparable à 2010 (490.000).

L'accélération avait toutefois commencé dans les derniers mois du quinquennat de Nicolas Sarkozy, début 2012.

Pour 2013, 480.000 ont été budgétés, en plus des 100.000 emplois d'avenir ciblés sur les jeunes pas ou peu qualifiés.

"C'est un outil prisé de toutes les majorités : en 1993, quand Edouard Balladur est arrivé comme Premier ministre en pleine crise, il y a eu une explosion des contrats aidés. En 2002, Jean-Pierre Raffarin avait lui aussi comblé comme ça un trou d'air sur le marché de l'emploi", souligne Philippe Askenazy, économiste au CNRS.

"Si on avait eu un gouvernement Jean-François Copé, il y aurait certainement eu des choix similaires, avec un recours aux emplois aidés. Ils auraient juste été un peu différents", "avec un appui plutôt au secteur marchand", estime M. Askenazy.

Les premiers contrats de ce type ont été "inventés" par Jacques Chirac à la fin des années 1970, rappelle Christine Erhel, du Centre d'études sur l'emploi, qui souligne que cet outil est utilisé "dans tous les pays du continent européen", à commencer par ceux du Nord.

Pour Mme Erhel, "la spécificité du gouvernement actuel, c'est d'assumer que c'est totalement normal en temps de crise de s'appuyer là-dessus, et sur le secteur non-marchand (collectivités territoriales, associations...)", faute d'une croissance suffisante pour créer des emplois dans le privé.

François Hollande a ainsi "confirmé" récemment, malgré des prévisions pessimistes de l'Insee, qu'il voyait l'inversion de la courbe grâce à la "mise en place d'une politique pour les jeunes", "avec, surtout, les emplois d'avenir et les emplois aidés".

L'efficacité de cet outil est régulièrement remise en cause par la Cour des comptes, qui relevait encore en janvier dernier des "résultats médiocres" dans le secteur non-marchand (90% des contrats signés).

Six mois après la fin de leur contrat, quatre bénéficiaires sur dix occupent un emploi, contre deux-tiers dans le secteur marchand.

avec AFP







Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir