Crise, chômage : "J'aimerais bien vous dire que je suis optimiste"

A l'approche des fêtes de fin d'année, l'heure est au bilan, qui se révèle très négatif pour beaucoup de Français. Même si pour certains, tout ne va finalement pas si mal.

"Mais donnez-leur la pêche à tous ces gens !" Flânant devant les vitrines de Noël des grands magasins parisiens, Noëlle, 50 ans, fustige "la morosité" qui a progressivement gagné les Français. Crise qui perdure, chômage dont on ne sait plus si la courbe va s'inverser ou pas, précarisation du marché du travail... Il est vrai que les raisons de douter des lendemains qui chantent sont légions. A tel point qu'en novembre 2013, un baromètre CSA pour BFMTV indiquait que seulement 26% des Français se disaient optimistes pour l'avenir de la société française. Le niveau le plus bas jamais atteint depuis la création du baromètre, en février 2011.

2013 ? "Une très mauvaise année..."

Pour la première fois depuis qu'il est arrivé en France il y a une dizaine d'années, Washington ne fera pas de cadeaux de Noël, et n'ira pas visiter les membres de sa famille restés au Brésil. "Trop cher". Habitué à enchaîner les petits boulots "dans tous les domaines imaginables", le jeune homme de 29 ans a traversé cette année une période de galère. "Les entreprises ne recrutent pas. J'ai enfin retrouvé un emploi dans la restauration rapide il y a trois mois mais ça n'est qu'un mi-temps. J'aimerais travailler plus".

Pas besoin d'être directement touché par le chômage pour s'en inquiéter. Louis, employé dans une société de commerce spécialisée dans les objets d'art, explique que la reprise économique, qu'il juge indispensable à la diminution du chômage, est encore loin. "Cette année, nos résultats sont vraiment pourris, même avec les fêtes de Noël qui approchent, ça reste très mauvais". Son entreprise a d'ailleurs dû licencier quelques personnes. Si lui ne se sent pas menacé, il confie cependant qu'il "n'aimerait pas devoir chercher un boulot en ce moment". Et quand on demande à Arnaud, un ingénieur de 31 ans, ce qu'il attend de l'année 2014 : "Qu'on ne sombre pas..."

"Les gens qui vont bien n'osent pas le dire"

En apparence, tout ne va pas si mal pour Christophe, enseignant en Seine-Saint-Denis : "J'ai la sécurité de l'emploi et un salaire qui tombe tous les mois". Mais en apparence seulement. Car s'il "aimerait bien dire [qu'il est] optimiste", il n'y arrive pas. La raison ? Le chômage, la crise économique, la précarisation des enseignants... Mais pas que. Difficile de se dire heureux et optimiste quand on entend "qu'on est des privilégies par rapport au privé, aux personnels non titulaires ou même aux élèves que l'on côtoie. Ces discours culpabilisateurs sont de plus en plus répandus, et on finit par les intégrer".

Ce sont ces discours pessimistes, tenus par des gens relativement épargnés par la crise, qui agacent Noëlle au plus haut point. "Beaucoup de gens sont en bonne santé, ont un emploi et ne vont pas si mal. Surtout si l'on compare à d'autres pays, même européens, où les situations sont parfois à se tirer une balle dans la tête. [...] J'ai des amis qui ont des moyens, mais qui refusent de voir les choses positives. Je pense que ceux qui vont bien n'osent pas le dire. De peur d'être jugés, ou pire : que des personnes moins bien loties viennent leur demande de l'aide !".

Au fil des discussions, les discours apparaissent cependant contradictoires. Car ceux qui glosent sur le déclin de la France pointent également, non sans un certain culturalisme bon marché, le pessimisme de ces Français qui passent leur temps à se plaindre. Ainsi de Louis, récemment rentré du Cambodge, et qui déplore le manque d'enthousiasme de ses concitoyens. "En Asie, il y a une véritable énergie, les gens ont envie d'aller de l'avant. Alors qu'en France, on se plaint souvent, c'est dans la mentalité du pays". Il n'échappe visiblement pas à la règle.

"La reprise économique ne viendra pas des politiques"

En filigrane, la perte de pouvoir des acteurs politiques nationaux, réelle ou supposée, est également un élément explicatif de ce pessimisme ambiant. Christophe se dit "déçu du gouvernement sur le plan économique" mais concède que "dans tous les cas, je ne pense pas qu'ils soient en mesure de faire quoi que ce soit. Ils n'ont pas toutes les clés en main". Pourquoi ? "Parce que les problèmes économiques dépassent largement le cadre de la France" répond Louis.

Tant et si bien que quand on leur demande ce qu'ils attendent du gouvernement, beaucoup se trouvent en panne d'inspiration. Noëlle tente la pirouette en pointant "ce monde trop complexe" pour que des décisions nationales aient vraiment un effet. Et Arnaud de conclure : "Si reprise économique il y a, elle ne viendra sûrement pas des politiques".

Mathieu Cantorné



Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir