Chômage : dire la vérité sur les chiffres est un acte de résistance

Nous vivons dans des temps de grandes tromperies.

Mon propos concerne ces temps de tromperies dans lesquels nous vivons et que nous subissons. Seul le scepticisme, la mémoire des choses, et le fait de prendre le temps pour ne pas céder aux sirènes de l’immédiateté peuvent nous permettre de voir les choses plus clairement. Alors oui, ON nous façonne la réalité, ON nous montre ce que l’on doit voir ou ce qu’ON souhaite nous donner à voir, avec un objectif : celui de façonner notre pensée.

Cet exemple du bidonnage de l’interview de Mélenchon matérialise l’ensemble des accommodements de certains avec la réalité, avec la Vérité

Que s’est-il passé ? Rien de grave en soit. Mélenchon se place dans une rue où il n’y a personne avec une trentaine de figurants tenant drapeau et banderole, la caméra filme en plan serré pour faire croire à l’immensité de la foule et à la spontanéité de celle-ci… Le problème c’est que ce n’est pas la manifestation qui est filmée mais une autre réalité. Alors la question c’est que souhaite-t-on cacher ? Certes c’est une bonne question, et elle est légitime. Que veut-on cacher pour en arriver à une mise en scène. Mais il y a encore plus grave.

Comment en est-on arrivé à cette multitude de mises en scène et sur tous les sujets ? Nous sommes dans le storytelling permanent, comme les anglo-saxons appellent cela. Il ne s’agit plus de rendre compte d’un événement, de faire part de la vérité et pour certains comme les éditorialistes d’analyser avec un point de vue pouvant être revendiqué comme partisan, non, il s’agit de transformer la réalité et la vérité en histoire, afin de mieux raconter des histoires. Nous sommes dans des temps de tromperies.

Parfois, le masque du mensonge se craquelle et, à travers, nous apercevons ce que l’on veut nous cacher ou les méthodes utilisées pour nous mentir. Mais invariablement, nous préférons retourner dans le confort rassurant de notre salon, affalé sur le canapé pour notre séance de lobotomie collective devant un écran tout plat dont les derniers modèles, soit dit en passant, sont "connectés" et font parvenir à qui de droit vos usages télévisuels, vos habitudes programmatiques et, sans doute, bientôt, quand il y aura une webcam dans votre écran aussi plat qu’une limande, une image de vous en temps réel, amorphe devant votre télécran à la 1984 d’Orwell.

Pour vous sentir en sécurité ou être sûr d’être en sécurité, nous n’hésiterons pas à exiger de nos zhommes politiques qu’ils passent des lois pour qu’à partir de 21 heures, tout le monde soit devant sa webcam afin que la police de la pensée puisse contrôler les absents et les présents, les absents étant dès lors envoyés dans les prisons de ministère de l’Amour… Bref, je m’égare, quoique finalement sans doute pas tant que cela.

Je voulais vous parler à nouveau du chômage, qui est un vrai fléau. Enfin non, ce qui est un fléau n’est pas tant de ne pas travailler que de ne pas gagner d’argent. Personnellement, être payé (mais bien) pour ne rien faire ne gênerait pas grand monde. Non, ce qui est embêtant c’est la misère que le chômage génère, puisque le travail reste le mode majoritairement écrasant de répartition des richesses. Sans travail… point de ressources réelles.

Aujourd’hui, je voulais vous parler du chômage et des mensonges autour de ces chiffres. De la même manière que l’on filme Mélenchon tel que l’on veut que nous le voyions, on compte les chômeurs de la façon dont cela arrangera le système. Et n’imaginez pas que je parle du système français. Hélas, non. C’est un système européen, un système global, un système mondial ou les chefs d’État ont plus de points communs entre eux qu’avec leur propre peuple qu’ils considèrent bien tous comme des menaces potentielles à la protection de leurs intérêts.

Il n’y a point besoin d’invoquer ici quelque théorie du complot que ce soit. Non, il y a juste la convergence d’intérêts financiers et d’intérêts de pouvoir. C’est une caste minoritaire dont les intérêts transcendent les clivages nationaux afin d’affronter la classe majoritaire et de poursuivre une domination. Alors on abrutit les masses, et on façonne la réalité à sa convenance afin de fabriquer le consentement des moutons qui attendent bien sagement que le loup les dévore. On ment, on triche, et on truque les statistiques comme on le faisait dans l’ex-empire soviétique.

Chaque année, le camarade Staline fixait des objectifs encore plus ambitieux de production d’acier et de blé. Chaque année, les objectifs étaient dépassés brillamment grâce au "stakhanovisme" des gentils camarades-moutons et chaque année ces mêmes camarades avaient encore moins de voitures à acheter et moins de pain à manger. Je me souviens gamin de ce reportage sur les reportages à la télé soviétique ! Les agents du KGB, en poste à l’Ambassade d’URSS à Paris, filmaient les immenses files d’attente devant les boulangeries du 16e arrondissement le dimanche où tous les huppés de la capitales allaient acheter religieusement leur éclair au chocolat et autres fraisiers pour agrémenter le repas dominical. Emballer tous ces gâteaux cela prend du temps.

Du coup, il y avait de belles queues, ce qui donnait comme analyse à la télé soviétique : "À Paris, la situation des Français est toujours aussi dramatique. Dans les rues de la capitale française, les restrictions ont encore été augmentées et des queues immenses se forment devant chaque point de distribution de pain. Cela montre l’échec de l’économie capitaliste et l’indispensable nécessité de poursuivre sur la voie du socialisme soviétique, seul moyen de permettre à tous un avenir prospère…" Ne rigolez pas.

Ce que je viens de vous raconter est réel. Sauf que ce qui nous faisait sourire de la part de Russes cherchant à camoufler l’effondrement de leur système prête nettement moins à sourire lorsque l’on se rend compte que nous en sommes globalement au même point. Et nous sentons bien d’ailleurs que ce système est à bout de souffle et c’est lorsque les systèmes se rapprochent de leur point d’effondrement que les mensonges deviennent plus grands et plus nombreux.

Pôle Emploi songe à durcir sa politique de radiation, les associations de chômeurs voient rouge

C’est le titre d’un article de La Tribune qui attire notre attention sur le fait que notre Agence pour l’emploi mène une intense réflexion pour faire baisser le nombre de chômeurs et sans doute atteindre l’objectif fixé par le Premier secrétaire du Parti, à savoir Normal 1er, d’inversion de la courbe du chômage. Comme il est à peu près impossible de trouver du travail aux chômeurs dans la mesure où il n’y a pas de travail à part celui inventé dans le cadre des emplois d’avenir sans futur, autant les radier et changer les modes de comptabilisation.

Sous toutes les latitudes, à toutes les époques, sous tous les régimes, lorsque les chiffres qui matérialisent la réalité ne sont pas bons, on ne peut pas changer la réalité… mais on peut changer les chiffres pour faire croire que la réalité vécue est individuelle et non collective. Mais là aussi, ce stratagème ne permet que de gagner du temps car il arrive un moment où l’on peut dire que tout le monde mange à sa faim… sauf vous, mais lorsque vous et vos voisins auraient faim… alors la grande masse finira par se rendre compte qu’il ne s’agit pas de drames individuels mais bien d’un drame collectif. Dès lors, le système défaillant s’écroule de lui-même.

C’est ce que nous enseigne l’histoire, sans oublier en général un petit passage soit d’anarchie la plus complète, soit de guerre civile ou encore de dictature menant soit à la guerre soit aux deux autres propositions précédentes. Officiellement donc, Pôle Emploi souhaite « harmoniser les pratiques de radiation » tout en sachant que les « absences à convocation » sont à l’origine de 90 % des radiations. C’est donc un excellent moyen de jouer sur le nombre de chômeurs et l’on a très bien vu lors de la séquence du bug SFR que ne pas envoyer un sms de rappel aux chômeurs entraîne un oubli d’actualisation (le fait de pointer aux assedic) et donc une radiation automatique. Peu importe que certains la considèrent justifiée ou choquante. La réalité c’est que le chômeur est toujours chômeur et n’a pas, entre-temps, retrouvé de travail.

Ce n’est pas un problème français !

Vous avez le même débat sur les statistiques du chômage aux États-Unis où plus le chômage baisse, plus le nombre de bénéficiaires des soupes populaires et du programme de foods stamps augmente… Normal. Tout est normal… De l’autre côté du Rhin, en Allemagne, pays dont la réussite économique nous est tant vanté, dont le dynamisme est incontournable bref, chez les Allemands aussi les chiffres ne sont pas ce qu’ils devraient être. C’était dans le numéro de novembre de L’Expansion.

Un bon article était consacré à "la rencontre des chômeurs invisibles" en Allemagne et ils sont nombreux là-bas aussi. Au chiffre officiel de 2 848 948 chômeurs, il faut rajouter les 231 000 en formation longue durée, les 155 000 en formation courte, les 122 000 en emploi à un euro, les 202 000 chômeurs de plus de 58 ans, les 85 000 qui sont en arrêts maladie, les 148 000 qui sont emplois aidés (comme quoi les zemplois d’avenir ont de l’avenir dans tous les pays touchés par le chômage) et enfin les 562 000 chômeurs dits pudiquement découragés…

Cela nous fait un total de 4 355 332 chômeurs, soit presque le double du chiffre affiché. Il ne s’agit pas ici de dire que l’Allemagne c’est pire que la France ou inversement. Non, il s’agit de dire partout où vous regardez, dans le monde occidental, nous sommes dans des temps de tromperies, et dire la vérité devient un acte de résistance. Restez à l’écoute. À demain… si vous le voulez-bien !!


Economie | Charles Sannat















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