Jean-François Copé confond demandeurs d’emploi et destructions d’emplois



A chaque annonce d’une “baisse du chômage”, son lot d’accusations de manipulation des chiffres. A peine annoncée par l’Elysée la baisse du nombre de demandeurs d’emplois d'octobre, jeudi 28 novembre – un recul de 20 500 chômeurs –, les ténors de l’opposition ont crié à “la farce” (Valérie Debord, déléguée générale adjointe de l’UMP) et aux chiffres “en trompe-l’œil”. Pourtant, au milieu de ce flot de déclarations, le président de l’UMP Jean-François Copé a aussi commis une confusion :

Ce qu’il a dit :

"Au total, plus d'un demi-million de personnes ont perdu leur emploi depuis son élection [François Hollande]. Sa promesse sur 'l'inversion de la courbe du chômage d'ici un an' a d'ailleurs été formulée pour la première fois le 3 mai 2012. Elle n'est donc pas tenue."

Pourquoi c’est complètement faux ?

Sollicité par le Monde.fr, le cabinet de Jean-François Copé explique avoir fondé son calcul sur les chiffres du chômage fournis par la Dares – le service statistique du ministère du travail – en comptant le nombre de chômeurs (de catégories A, B, C, D et E) recensés entre avril 2012 et octobre 2013. En faisant la même chose, on parvient effectivement au nombre de 551 000 inscrits supplémentaires.

1/ Demandeurs d’emploi et destructions d’emplois sont deux notions bien différentes

Mais 551 000 demandeurs d’emplois inscrits à Pôle emploi ne sont pas 551 000 pertes d’emplois : Jean-François Copé fonde son calcul en confondant deux notions qui ne sont pas assimilables. Certes “des chômeurs ne sont pas non plus des créations d’emploi”, comme le souligne le cabinet de Jean-François Copé. Mais on peut très bien avoir perdu son emploi sans être pour autant inscrit sur les listes de Pôle emploi. Tout comme il peut y avoir une augmentation du taux de chômage malgré une augmentation de la création d’emplois.

Les deux notions sont en réalité très différentes : d’un côté, des personnes, de l’autre, des postes. Un poste peut être détruit, et son titulaire peut retrouver du travail ailleurs directement, sans devenir un chômeur. De même, un poste créé ne va pas nécessairement à un chômeur. Une personne déjà active peut démissionner de son poste pour saisir l’opportunité d’une nouvelle carrière.

2/ Le comptage de M. Copé inclut des inscrits à Pôle emploi titulaires d’un contrat aidé

Autre grossière erreur méthodologique : M. Copé utilise le chiffre le plus large du chômage, c’est-à-dire l’ensemble des catégories, A, B, C, D, E. Or, seule la catégorie A correspond aux personnes n’ayant exercé aucune activité. Les autres catégories concernent des personnes ayant travaillé à temps partiel ou bénéficiant d’un emploi aidé. M. Copé se fonde donc sur un chiffre incluant des titulaires d’un travail (aidé ou à temps partiel), pour parler de destructions d’emploi. Et la différence est tout sauf minime : la catégorie A comprend 3,2 millions de personnes, l'ensemble des catégories réunies, 5,5 millions.

3/ En réalité, il y a eu deux fois moins d’emplois détruits

Aussi, si on refait le calcul qu’aurait dû faire Jean-François Copé pour connaître le nombre de destructions d’emplois (et non de demandeurs d’emploi) – en se fondant, cette fois, sur les données de l'Insee au troisième trimestre –, on parvient à 215 400 postes supprimés – tous secteurs confondus – entre l’arrivée de François Hollande au pouvoir et septembre 2013. Un chiffre bien loin des 500 000 pertes d’emplois annoncées par Jean-François Copé, qui a donc ajouté 284 600 pertes qui n’ont pas eu lieu.

Détails des destructions d’emplois par secteur, annoncé en septembre par l’Insee, sur une période d’un an :

- secteur marchand : 107 700
- industrie : 58 800 / construction : 30 300
- tertiaire : 18 600

L’erreur peut d’autant plus prêter à sourire quand on sait que, dans le même communiqué, Jean-François Copé a accusé François Hollande de “manier les chiffres avec ambiguïté”, ajoutant ainsi “du trouble et de la confusion”.

Blog du Monde.fr - Camille Bordenet



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