Que disent vraiment les chiffres du chômage?

DÉCRYPTAGE - Si les chiffres du chômage publiés jeudi montrent une baisse du nombre d'inscrits en octobre, d'autres indicateurs indiquent que, globalement, le nombre de personnes sans emploi ou en emploi précaire augmente.

Les chiffres du chômage publiés jeudi par Pôle Emploi illustrent bien une inversion de la courbe, comme l'avait promis François Hollande. En octobre, la France comptabilise 20.500 chômeurs en moins, soit une baisse de 0,6 %. Une bonne nouvelle qui s'est traduite par un enthousiasme mesuré : "Il faudra d'autres [bonnes nouvelles] pour que nous soyons sûrs de la victoire", a déclaré, vendredi, François Hollande. D'autant que, derrière ces chiffres positifs s'en cachent d'autres, plus contrastés, qui nuancent cette baisse annoncée.

Le nombre de chômeurs toutes catégories a augmenté

C'est le principal argument des contradicteurs de François Hollande. Certes, le nombre de chômeurs de catégorie A, soit sans emploi, a diminué de 0,6 % pour arriver à un total de 3.275.200 personnes sans activité. Mais si l'on prend en compte les chômeurs de catégories B (ayant exercé une activité réduite courte au cours du mois) et C (ayant exercé une activité réduite sur plusieurs mois), on arrive au chiffre record de 4.883.000 personnes inscrites à Pôle Emploi. En tout, les chômeurs de catégorie B ont augmenté de 3,7 % et ceux de catégorie C, de 4 %, soit une augmentation de 39.600 personnes pour ces deux catégories en octobre. Des chiffres qui ont fait réagir Pierre Laurent, le secrétaire national du Parti communiste, vendredi sur i-Télé. Il "ne croit pas, loin de là", à une inversion de la courbe du chômage.

Une hausse des radiations administratives
La fausse bonne nouvelle du mois de septembre, où un bug de l'opérateur SFR avait laissé croire à une baisse du nombre de chômeurs, ne s'est pas réitérée. Cette fois, les chiffres annoncés par Pôle Emploi ont bien été validés. Pour preuve, les cessations d'inscription pour défaut d'actualisation ont baissé de 7,4 % en octobre. Pas d'erreur technique donc, mais un autre chiffre est tout de même à signaler, celui des radiations administratives (absence à une convocation, déclarations inexactes ou mensongères, etc.) : sur le mois d'octobre, elles ont concerné 11.000 demandeurs d'emploi, soit une hausse de 25,8 %.

Les emplois aidés à la rescousse
Dans un entretien accordé au JDD.fr en juin dernier, le député UMP de la Drôme, Hervé Mariton, prédisait déjà que François Hollande tiendrait son pari. Mais en des termes peu amènes : "Hollande peut maquiller la situation", fustigeait-il à l'époque. Avec quels outils ? Le député citait sans hésitation les emplois d'avenir et les contrats de génération, appelés contrats aidés, dont 100.000 jeunes devaient bénéficier en 2013. Mais Hervé Mariton notait que seuls 20.000 avaient été signés au premier semestre, accusant François Hollande d'attendre un contexte plus favorable pour relancer les embauches. Six mois plus tard, plus de 80.000 contrats aidés ont en effet été signés. Sur le seul mois d'octobre, le nombre de personnes en contrats aidés, en stage ou en formation, a ainsi augmenté de 16.000. Autant de données qui contribuent à faire baisser le nombre de chômeurs en catégorie A chez les moins de 25 ans, soit -2,3 % en octobre et -4,5 % sur six mois. Mais qui posent aussi la question de la pérennité de ces emplois, une fois que l’État sera libéré de ses engagements.

Si certains voient dans ces contrats jeunes un trompe-l'œil, pour d'autres, cette mesure est un motif de satisfaction supplémentaire : le ministre du Travail, Michel Sapin, a affirmé vendredi que les contrats de génération, idée phare de François Hollande, "marchent très bien" dans les petites entreprises où 15.000 contrats ont été signés, et "des dizaines de milliers" dans les grands groupes.

Le scepticisme des économistes
L'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), le Fonds Monétaire International (FMI) et la Commission européenne ont déclaré qu'ils ne croyaient pas à un recul prochain du chômage en France. Les trois organisations internationales pensent même que la hausse va se poursuivre en 2014. L'Insee, pour sa part, table sur une stabilisation du taux de chômage à 10,6% fin 2013. Il est aujourd'hui estimé à 10,5 %, selon les derniers chiffres fournis jeudi par Pôle Emploi.

Dans ses prévisions publiées le 5 novembre, la Commission européenne estimait pour sa part que le chômage ne commencerait vraiment à décliner qu'en 2015 au sein de la zone euro, car le marché du travail réagit avec retard sur la reprise économique. Avec 10,5 % de la population active au chômage, la France reste loin du trio de tête menée par l'Autriche (4,8 %), l'Allemagne (5,2 %) et le Luxembourg (5,9 %).


Thomas Roure

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