Chômage : pourquoi le président ne dit toujours pas la vérité

Le nombre de chômeurs a reculé de 20 500 en octobre. Sauf que le président a fait des commentaires tellement alambiqués hier que l'on ne comprend plus très bien si la courbe du chômage va s’améliorer ou pas et surtout quand.

La précision Élyséenne venait recadrer des propos du Président particulièrement désinvoltes. « Si le chômage ne baisse pas à la fin de l’année, il baissera bien plus tard… ». Les faits ne sont pourtant pas difficiles à assumer. Le chômage a reculé en octobre, c’est la première fois depuis avril 2011. Michel Sapin ajoute que le nombre de chômeurs de catégorie A a baissé en moyenne de 3500 personnes par mois ces trois derniers mois, alors qu'il avait augmenté de 18.270 au deuxième trimestre et de 33.070 au premier trimestre. Le chômage des jeunes recule également pour le sixième mois consécutif

Voilà l’essentiel du résultat. C’est vrai que la moisson a un goût amer. Le chômage baisse mais elle s’explique, pour partie, par un changement de catégorie des chômeurs et par le chômage des jeunes, sans oublier le nombre d’emplois aidés qui augmente. Le gouvernement touche donc les effets des emplois d’avenir. Ca marche un peu mieux mais ça coûte tellement cher à la collectivité que mieux vaut ne pas s’en vanter trop fort.

Pour le reste, le nombre de chômeurs seniors (ceux qui ne sont plus éligibles aux emplois d’avenir) augmente et la durée du chômage s’allonge à plus d’un an. Au bout d’un an, les conseillers de Pôle Emploi estiment que le type est déclassé, très difficile à placer sur le marché du travail.

Il n’y a donc pas de quoi pavoiser et l’imbroglio des chiffres explique que le Président se soit un peu mélangé les pinceaux dans la description du tableau de l’emploi en octobre. On retiendra que ça ne s’arrange pas mais que ça pourrait s’arranger. Cette façon de promette des résultats impossibles à atteindre est un travers du président de la République qui horripile tous les milieux d’affaires.

"C’est insupportable", dit on a l’AFEP. Que le Président fasse la politique de ceux qui l’ont élu, c’est normal, qu’il se livre à quelques propos démagogiques pour avoir la paix avec certaines ailes à droite ou à gauche pourquoi pas. Qu’il ne cherche pas de compromis pour ne pas froisser des amis un peu rigides passe encore, mais ce qui est profondément critiquable c’est de faire des promesses irréalisables.

Les propos sur l’emploi en France sont une caricature. Marteler tous les quinze jours à l’opinion publique que la courbe va se retourner est un non-sens politique. Mais il n’y a pas qu’avec le chômage que le Président surf ainsi sur les faits de la réalité. Sur le déficit budgétaire, il avait promis de le ramener à 3,5% du PIB et il a été obligé de demander à Bruxelles un délai supplémentaire.

Pour les impôts, on a assisté à une corrida permanente sur les promesses de baisse puis de stabilité pour finir au dessert, par un chariot de taxes supplémentaires et d’augmentations dont certaines ont dû être annulées en catastrophe. Avec au café, du festin fiscal l’annonce d’un grand rendez-vous, de mise en forme.

Pour un chef d’entreprise, la gestion de l’État n’est pas une cours d’expérimentation, ça devrait être une affaire sérieuse, crédible, transparente et loyale. Le patron d’une entreprise ferait le dixième de ces erreurs techniques que son comptable s’affolerait et appellerait le Samu.

Le patron d’une entreprise raconterait le tiers de ce que raconte un ministre sans être capable de le délivrer qu’il serait viré par les actionnaires en 24 heures. On dit que le monde des affaires est très solidaire, on dénonce les petits arrangements entre amis des conseils d’administration, on gausse sur les retraites chapeau des uns et le salaire des autres mais globalement le monde de l’entreprise est plus impitoyable que le monde politique. Il y a des contre-pouvoirs qui, quoi qu’on raconte, finissent par fonctionner.

Si Vincent Bolloré prend le pouvoir chez Vivendi, c’est bien parce que Jean-René Fourtou n’a pas délivré la stratégie promise. Si le groupe Accor a changé quatre fois de PDG en dix ans, c’est bien parce qu'aucun n’a réussi à mettre la stratégie gagnante. Du coup, exit Gilles Pélisson, Denis Hennequin, et bonjour Sébastien Bazin. On pourrait faire la même liste ou presque chez Carrefour, Air-France, PSA… L’autorégulation réussit à fonctionner beaucoup plus souvent que ne le croit Arnaud Montebourg.

Au bout du compte, le monde de l’entreprise ne supporte pas le mensonge et on a l’impression que le monde politique lui, s’en nourrit.


L'Édito de Jean-Marc Sylvestre



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