Salauds de chômeurs!

Bruno Le maire a trouvé la manière de régler le problème du chômage : réduire la période d'indemnisation.

En ces temps étranges où la parole décomplexée retrouve droit de cité, on ne peut rester indifférent à la petite musique entendue à propos des chômeurs. Que nous suggère cette symphonie (idéologiquement) fantastique ? Que les chômeurs, finalement, ne sont pas si mécontents que ça de leur situation, qu'ils en profitent abusivement... Bref, que ce sont des assistés et qu'il serait temps de leur demander des comptes.

En ce domaine, les petits marquis de l'UMP rivalisent d'imagination. Le dernier exemple en date est celui de l'ex-ministre Bruno Le Maire. L'homme qui se prétend droit dans ses bottes républicaines a trouvé une recette infaillible pour régler le problème de l'emploi : diminuer la période d'indemnisation du chômage. Pour désigner à la vindicte publique ces salauds de chômeurs qui ôtent le pain de la bouche des futurs sans emploi, il n'y a pas mieux.

Venant de la part d'un élu qui a longtemps employé sa propre épouse comme attachée parlementaire, la proposition confirme que les prétendants au rôle de Tartuffe sont légion. Et ce n'est pas vrai que de la seule UMP.

La presse s'est fait également une spécialité de ce genre d'exercice. Un exemple parmi d'autres. Dans son dernier éditorial de l'Express, Christophe Barbier appelle « la France de l'effort » à la révolte générale. Au nom de ce concept passablement fumeux, l'indigné des beaux quartiers appelle à la rescousse « tous les chômeurs qui veulent vraiment retrouver du travail », étant entendu qu'à ses yeux la plupart d'entre eux n'entrent pas dans cette catégorie magique.

Ainsi va la vie intellectuelle quand on laisse le chômage atteindre des records à cause d'une logique néolibérale qui se joue des étiquettes politiques. Faute d'enrayer la domination des rentiers, faute de s'attaquer aux tabous de l'argent, le gouvernement perd la mère de toutes les batailles : celle du chômage. Ce Waterloo économico-social, qui nourrit les divisions et culpabilise les victimes, est pain bénit pour les démagogues.

Article paru dans le numéro 865



Jack DION


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