Une baisse des charges sociales pour baisser le chômage

Tous les moyens sont-ils utilisés pour inverser la courbe du chômage ? Bertrand Martinot, économiste, ancien conseiller social à la Présidence de la République sous Nicolas Sarkozy, puis délégué général à l'emploi et à la formation professionnelle du précédent gouvernement, en doute. Il explique pourquoi dans un livre: "Chômage: inverser la courbe"*. Et définit les conditions d'un retour au plein emploi.

Dans votre ouvrage, vous constatez que finalement la France s'est résignée au chômage structurel dont elle souffre. L'emploi ne serait-il pas sa priorité ?

Bertrand Martinot. Ce qui apparaît est un certain fatalisme vis-à-vis du chômage, et pas seulement des dirigeants du pays, mais de tous ses acteurs économiques et sociaux. Dès que le taux de chômage s'approche de 8 %, taux qui ne baisse quasiment plus depuis un quart de siècle, la question du pouvoir d'achat prend le dessus par rapport à celle de l'emploi. Nicolas Sarkozy était le président du pouvoir d'achat, pas du plein emploi. Personne ne pense désormais que l'on peut aller en dessous de cette barre de 8 %. Le retour au plein emploi n'est même plus un objectif politique. On compte sur la croissance, mais en réalité même si elle infléchit un peu la courbe, elle ne résoudra pas la question, car le mal est plus profond.


Parmi vos préconisations, la baisse des charges est l'une des mesures phares...

Il y a un consensus des économistes: baisser les charges sociales nettes de 20 milliards ferait gagner un point de chômage, soit environ 300 000 emplois. Cela n'est pas la seule mesure qui ferait baisser le chômage mais elle ferait partie de la panoplie, on ne peut pas en faire l'économie. Il y a une surtaxation du travail en France. Le crédit d'impôt compétitivité-emploi va dans le bon sens, mais est techniquement beaucoup plus complexe qu'une simple diminution des cotisations sociales et surtout il ne fait que compenser des hausses d'impôts qui pèsent sur les entreprises, c'est comme un jeu de bonneteau... Le financement de ces baisses de charges ne pourrait être gagée que par une baisse vigoureuse des dépenses publiques.

Il y a cependant un opérateur de service public dont vous estimez que le rôle devrait être renforcé, c'est Pôle emploi, que vous qualifiez de "géant entravé"...

C'est dans la politique de l'emploi que le mille-feuilles institutionnel français trouve son épanouissement le plus complet. Tout le monde, des communes à l'Europe, se mêle de lutte contre le chômage. Et aux 50 000 agents de Pôle Emploi, il faut ajouter plusieurs milliers d'autres opérateurs, publics et privés, qui prennent en charge les demandeurs d'emploi. Je préconise de simplifier drastiquement le système, en confiant à Pôle Emploi la main sur l'ensemble des dispositifs visant à reclasser et reconvertir les demandeurs d'emploi.

Y compris pour ce qui concerne la formation professionnelle des chômeurs, qui fait l'objet d'un plan gouvernemental ?

La formation professionnelle des demandeurs d'emploi est aujourd'hui essentiellement une compétence décentralisée. Cette donnée n'est que le énième avatar dans ce domaine auquel se heurte tous les gouvernements de droite ou de gauche. Nicolas Sarkozy, puis François Hollande, en ont fait une priorité, mais en réalité ce sont les Régions qui ont les clés de la répartition des ressources dédiées à ce sujet. Et elles n'ont pas de comptes à rendre à l'Etat...

* Chômage : inverser la courbe, publié par l'Institut Montaigne, édition Manitoba/Les belles lettres.


Dominique Perez

Bertrand Martinot

Bertrand Martinot, 45 ans, est économiste. Conseiller social à la Présidence de la République de 2007 à 2008, puis délégué général à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP) de 2008 à 2012, il est spécialiste de la question du chômage, des politiques de l’emploi et du dialogue social. Il est également contributeur à l'Institut Montaigne.




Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir