Reflux du chômage: le gouvernement persiste, malgré les destructions d'emplois

PARIS, 14 nov 2013 - Tirant argument de destructions d'emplois un peu moins nombreuses que prévu au 3e trimestre, le gouvernement s'accroche à sa promesse de faire refluer le chômage fin 2013, un engagement qu'il ne pourra tenir que grâce aux emplois subventionnés.

"L'objectif de l'inversion de la courbe du chômage d'ici à la fin de l'année 2013, il est maintenu, et je le crois tout à fait solide", a assuré une nouvelle fois jeudi le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, malgré les chiffres décevants de la croissance (-0,1% au troisième trimestre).

Selon des estimations provisoires de l'Insee, l'économie française a encore détruit 17.000 emplois (CDI, CDD et intérim) au 3e trimestre dans le secteur marchand, un chiffre légèrement inférieur à ses prévisions (-24.000).

Sur l'année, plus de 107.000 postes ont été rayés de la carte dans l'Hexagone et aucun nouveau poste n'a été créé depuis un an et demi.

A quelques semaines de l'échéance fixée pour l'inversion de la courbe du chômage, le gouvernement voit toutefois un "signal positif" dans la "décélération des suppressions d'emplois" au troisième trimestre, deux fois moins importantes qu'au trimestre précédent.

"C'est mieux qu'attendu", "la pente est bien orientée pour parvenir au retournement durable à la fin de l'année", souligne-t-on au ministère du Travail.

"Ca reste en termes de message économique tout à fait comparable à ce que nous anticipions en octobre dans nos prévisions", remarque Frédéric Tallet, de l'Insee.

L'emploi intérimaire, considéré comme un indicateur des évolutions à venir du marché de l'emploi, se ressaisit, "c'est plutôt un facteur positif". A l'inverse, dans l'industrie et la construction, le rythme des destructions est "plus marqué qu'en 2012", remarque-t-il.

Mais pour au moins stabiliser le taux de chômage, "il faudrait créer annuellement environ 100.000 nouveaux emplois, car 100.000 jeunes arrivent sur le marché de l'emploi", relève Marion Cochard, de l'Observatoire français des Conjonctures économiques (OFCE).

Une croissance trop faible pour créer de l'emploi

Mais même si la France est officiellement sortie de la récession, la croissance y est encore beaucoup trop faible pour doper l'emploi dans le secteur privé, comme l'ont de nouveau montré les chiffres de l'Insee. Les économistes estiment généralement qu'il faudrait 1,5% de croissance annuelle pour faire baisser le chômage, un chiffre bien supérieur à celui attendu par le gouvernement cette année (0,1% ou 0,2%).

"C'est par l'entreprise que reviendra la croissance, c'est par l'entreprise que reviendront les embauches dans le secteur marchand", a reconnu Pierre Moscovici qui mise, en attendant, sur la "montée en charge des dispositifs d'emploi" aidés, notamment pour les jeunes.

François Hollande, confronté à une série retentissante d'annonces de plan sociaux, a d'ores et déjà fait valoir que "depuis quatre mois, l'inversion de la courbe du chômage est acquise pour les jeunes". Reste toutefois, comme il l'a reconnu lui-même, à "inverser le cap pour l'ensemble de la population active".

Fin septembre, on comptait 3,29 millions de personnes inscrites à Pôle emploi et sans aucune activité, un record.

Selon l'Insee, le chômage devrait seulement se stabiliser au quatrième trimestre 2013, à 10,6% en métropole.

Marion Cochard croit, elle, possible une baisse ponctuelle du nombre des inscrits à Pôle Emploi dans les derniers mois de l'année, grâce à la montée en charge des emplois aidés (75.000 emplois d'avenir ont notamment déjà été signés), qui pourrait compenser les destructions d'emplois dans le privé.

Mais à l'instar de la plupart des organismes internationaux et de la Commission européenne, elle ne croit pas à une baisse durable du chômage en 2014.

"Le principal objectif devrait être de faire baisser de manière drastique le taux de chômage sur le long terme, par exemple en dessous de 7%", note pour sa part Hervé Boulhol, économiste à l'OCDE, mais "cela suppose d'approfondir les réformes structurelles dans les domaines clés (concurrence, marché du travail, éducation, dépenses publiques)".

AFP





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