Emploi : le graphique qui fait peur à François Hollande

Les offres de recrutement proposées aux chômeurs sont encore moins nombreuses qu'au plus fort de la crise. Une situation inédite depuis... 16 ans.

Le président de la République a de quoi se faire du mouron. Non seulement les chiffres du chômage n'annoncent toujours pas d'inversion de la courbe, mais les offres d'emploi s'effondrent. La chute est plus grave que celle, déjà très violente, qui avait suivi la chute de Lehmann Brothers. Pôle emploi n'a jamais diffusé aussi peu d'offres depuis plus de 16 ans.

 

Le nombre d'offres d'emploi diffusées par l'organisme public a en effet atteint un plancher au cours de l'été 2013, passant sous la barre des 200 000 en juin. Du jamais-vu depuis février 1997. A l'époque, Alain Juppé était à Matignon et la France broyait déjà du noir.

Surtout, l'ampleur de la chute indique que le marché de l'emploi ne s'est toujours pas remis de l'éclatement de la crise, loin de là. A l'automne 2008, les employeurs réagissent immédiatement à la chute de Lehmann Brothers. Entre le point haut (mars 2008) et le point bas (février 2009), un quart des annonces partent en fumée (26,6% exactement). Puis, après une lente remontée, les offres d'emploi décrochent à nouveau à la fin de l'été 2011. Une chute moins brutale mais plus profonde : entre août 2011 et juin 2013, la dégringolade atteint 31,2%. En moins de deux ans, Pôle emploi propose près d'un tiers d'offres en moins à des chômeurs de plus en plus nombreux (+18,9%).

Techniquement, ces chiffres ne reflètent pas parfaitement les besoins des entreprises : Pôle emploi a perdu son monopole en 2005. Depuis, le marché du placement des demandeurs d'emploi est ouvert à la concurrence. Reste que cette libéralisation ne date pas de 2011. La part des annonces de Pôle emploi reste relativement stable : elle représente bon an mal an entre 33% et 35% du total des offres d'emploi en France, indique au JDN l'organisme.

La mauvaise conjoncture est donc, sans aucun doute, la cause majeure de ce décrochage. Mais elle n'est pas la seule. D'abord, la forte montée du chômage a conduit Pôle emploi à se concentrer sur les demandeurs et moins sur la collecte d'offres auprès des employeurs.
Ensuite, depuis que l'ANPE a perdu son monopole, certains segments du marché sont très clairement trustés par des acteurs privés, en particulier les agences d'intérim. Or, le marché de l'emploi se déporte vers des contrats courts, CDD et contrats d'intérim. Cela expliquerait-il que Pôle emploi, présent sur les contrats plus longs, compte de moins en moins d'offres ?
Pas complètement. Car même les contrats plus précaires tirent aussi la langue. Chez Pôle emploi, ce sont d'ailleurs les offres d'emploi de type B (de 1 à 6 mois) qui décrochent le plus, en comparaison de celles de type A (plus de 6 mois) qui résistent davantage. De son côté, le marché de l'intérim bat lui aussi de l'aile et se trouve donc dans l'incapacité de compenser la baisse des offres d'emploi plus durable.

Le graphique du nombre d'offres proposées par Pôle emploi témoigne donc bel et bien d'une perte d'appétence des employeurs pour les recrutements, en particulier les plus pérennes. Or, sans nette reprise des recrutements, il semble bien audacieux d'espérer un retournement de tendance.

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Fabien Renou



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