Emplois du passé

A force de harceler les préfets, de tarauder les élus locaux, de démarcher les associations, 75.000 emplois d'avenir ont été trouvés en un an à des jeunes sans qualification. C'est sans doute une bonne nouvelle pour la statistique du chômage. Mais c'est une mauvaise nouvelle pour la situation de l'emploi. Avec ces contrats peu formateurs et archisubventionnés par l'Etat, le gouvernement amplifie une stratégie de traitement social du chômage, commune depuis plus de trente ans à la gauche et à la droite, dont le seul résultat probant est aujourd'hui… un nombre record de demandeurs d'emploi.

Comme les emplois jeunes de Lionel Jospin il y a quinze ans, les emplois d'avenir obéissent à une logique de court terme - inverser la courbe du chômage avant la fin de 2013 - dont l'effet à moyen terme sera d'entraver, encore un peu plus, la capacité du secteur privé à créer de vrais emplois productifs. Supérieur à 1,2 milliard d'euros l'an prochain, le coût budgétaire exorbitant de ces emplois jeunes (plus de 12.000 euros l'unité dans le secteur non marchand) vient, en effet, soutenir le niveau extravagant de nos dépenses publiques. Une charge qui ne cesse de dégrader la compétitivité d'entreprises appelées, au-delà de ce qu'elles peuvent supporter, à financer ces dépenses qui s'envolent et ces déficits qui se creusent. Les emplois aidés d'aujourd'hui font les chômeurs de demain. Pis : les crédits affectés à ces contrats aidés sont pris là où ils seraient bien plus utiles, par exemple dans l'accompagnement, par les missions locales, des chômeurs en grande difficulté ou dans le renforcement des moyens de Pôle emploi. Comme le relève, dans son livre « Chômage : inverser la courbe », l'ancien directeur général de l'emploi et de la formation professionnelle Bertrand Martinot, la préférence française pour les contrats aidés accapare d'énormes moyens financiers qui permettraient de développer ailleurs des outils plus efficaces de lutte contre le chômage. Et tout cela pour payer à des jeunes sortis de l'école sans qualification non pas un marchepied utile vers l'emploi, mais une simple occupation dans le public. L'expérience des contrats aidés en général, celle des emplois jeunes en particulier, enseignent que, même en période de reprise, le taux d'insertion professionnelle de leurs bénéficiaires est rarement supérieur à 40 %. C'est en partie la faute au peu de crédit accordé par les employeurs privés à ce type d'emploi. Quant à la formation que ces jeunes sont, comme toujours, censés recevoir, elle risque fort de rester, au vu du premier bilan annuel, une obligation purement théorique. Moins d'un tiers des 75.000 jeunes en emploi d'avenir ont pris un engagement de formation, assez vague pour n'être jamais tenu. Au fond, ces emplois du passé ne servent qu'à permettre à des dizaines de milliers de jeunes, provisoirement sortis des chiffres du chômage, de (re)constituer leurs droits à l'assurance-chômage. Dénuée d'imagination, la politique de François Hollande en matière d'emploi consiste surtout à attendre les effets d'une hypothétique reprise venue de l'étranger. Le changement dans la lutte contre le chômage, c'est pour quand ?


Jean-Francis PECRESSE






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