Pourquoi la politique de l’emploi en France ne marche pas ? #1

C'est un fait, les mesures destinées à lutter contre la croissance du chômage en France ne donnent pas de résultats. Et ce ne sont pas les contrats de génération, ni les exonérations de charges, pas plus que l'embauche de nouveaux agents à Pôle Emploi qui vont y remédier. Les politiques actuelles de l'emploi semblent se borner à recycler de vieilles recettes éculées qui ont depuis longtemps fait la preuve de leur inefficacité.

Et quand quelque chose ne marche pas, il ne sert généralement à rien de faire plus de la même chose. Mieux vaut se poser la question de la logique qui sous tend ces politiques car la plupart des problèmes que l'on n'arrive pas à résoudre sont avant tout des problèmes mal posés. Pour commencer, voyons comment est posé le problème de l'emploi et en quoi cette façon de l'envisager ne génère que des solutions inefficaces. Les représentations des gouvernements de gauche comme de droite sont les suivantes :

1) Ils confondent offres d'emplois et potentiels de créations d'emploi. On n'entend parler que des secteurs et des entreprises qui embauchent. Or, comme la majorité des offres d'emploi émanent des entreprises structurées (grandes entreprises, entreprises intermédiaires et PME de croissance), la politique de l'emploi profite prioritairement à ces entreprises qui bien sûr ne crachent pas dessus même si ce sont elles qui en ont le moins besoin. Première erreur. Comme nous allons le voir, les gisements d'emplois (inexploités) les plus importants sont ailleurs que dans les grandes entreprises qui , à l'heure actuelle, auraient plutôt tendance à détruire des emplois (solde net) qu'à en créer.

2) Ils privilégient les approches d'ordre macroéconomique, consistant à agir sur des leviers généraux et indifférenciés (coût de l'emploi, réglementation, législation). Un bon exemple de cette logique est donné par le concept de « Flexisécurité » prôné par certains et qui est (sic) : «un dispositif social autorisant une plus grande facilité de licenciement pour les entreprises (volet flexibilité) pour leur permettre d'adapter sans obstacles leurs effectifs à leurs besoins à court terme et (sensé) réduire les freins à l'embauche, et des indemnités longues et importantes pour les salariés licenciés (volet sécurité)». Les actions d'ordre microéconomique consistant à agir au niveau des entreprises en fonction de leur situation et de leurs problématiques spécifiques étant inexistantes au niveau de l'Etat et sous utilisées au niveau des collectivités territoriales (système opaque, complexe et redondant des aides aux entreprises qui profite à un petit nombre d'entre-elles).

3) Ils considèrent que le manque de créations d'emplois vient du déficit compétitif, autrement dit du coût du travail en France, comparé à celui des pays à bas coût de main d'œuvre. Ce n'est pas faux (en ce qui concerne l'industrie notamment) mais, compte tenu du fossé existant et de la difficulté de baisser le coût du travail en France sans mettre en péril les régimes de retraite et de protection sociale et donc se rendre impopulaire, l'Etat ne peut guère agir efficacement sur ce levier. D'autant que l'élasticité marginale de la demande (de salariés) par rapport au coût (du travail) est relativement faible.
Il faudrait réduire considérablement le coût du travail (le diviser par deux ou trois) pour obtenir des effets réellement significatifs et à long terme. Strictement impossible dans le cadre d'un fonctionnement « normal ». Ce n'est que lorsque la France sera dans la situation de la Grèce ou de l'Espagne que cela deviendra possible ou en tout cas inévitable. Souhaitons ne pas en arriver là! Ce constat amène les politiques à considérer que l'intérêt des entreprises et celui de leurs collaborateurs sont antagonistes. Deuxième erreur. Il s'agit là d'un problème de représentation qui a la vie dure et condamne les politiques de l'emploi à choisir entre inefficacité ou impopularité (ce qui au final revient au même).

4) Les entreprises détruisent des emplois pour optimiser leurs profits. Ce qui explique les licenciements boursiers, les délocalisations, les fermetures d'usines, réalisés par des (grandes pour la plupart) entreprises qui réalisent des bénéfices records. Là encore le constat n'est pas discutable mais les conclusions auxquelles il conduit sont erronées.
Ce n'est pas en essayant d'empêcher les grandes entreprises de faire ce que leur demandent leurs actionnaires qu'on obtiendra d'elles un comportement plus social. D'une part parce qu'elles respectent les lois, sinon la morale, et qu'on n'a aucun véritable moyen de les en empêcher.
D'autre part parce que pour essayer de les retenir, on en est réduit à compenser sous forme de subventions et de réductions d'impôts, les contraintes que l'on fait mine (pour des raisons essentiellement politiques) de leur imposer. Les multinationales ne perdent pas au change et se moquent bien des rodomontades de nos Ministres, comme le montre l'affaire Mittal. Et l'argent public ainsi dilapidé pourrait être bien mieux utilisé ailleurs.

Mais alors, de quelle autre façon est-il possible de poser le problème me direz-vous ?

La réponse dans une prochaine tribune:

>> Pourquoi la politique de l’emploi en France ne marche pas ? #2


économie - Par Patrick Daymand


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