Formation : des prestataires de Pôle emploi à la peine

Des demandeurs d'emploi toujours plus nombreux... et des centres de formation en pleine crise: étonnant paradoxe. Ceux dont le métier est d'accompagner les chômeurs font la queue à Pôle emploi, après avoir connu de belles années.

Aujourd'hui, le vent a tourné car les collectivités et l'État, principaux financeurs, comptent leurs sous. Dans la région Pays de la Loire, les élus disent vouloir recentrer leurs actions, notamment vers les jeunes très éloignés de l'emploi au détriment d'autres actions.

Des formations bâclées

Pour ces centres, Pôle emploi, qui leur sous-traite en partie l'accompagnement des chômeurs, porte aussi une lourde responsabilité. Les directions régionales de l'établissement public leur imposeraient des conditions de marché draconiennes. Certains ont fait le choix de ne plus répondre aux appels d'offres.

C'est le cas de Motiv'action (Nantes), spécialisée dans l'accompagnement des personnes handicapées et aujourd'hui en redressement judiciaire. « Pour répondre aux marchés publics, on a dû investir, trouver des nouveaux locaux, recruter..., explique un responsable. Mais, en 2011, on a eu moins de prestations. Et le prix de certaines a été divisé par deux. »

Le Centre de formation et de recherche éducative et sociale (Cefres), spécialisé sur la problématique des chômeurs longue durée, a connu les mêmes déboires. « En 2011, Pôle emploi a réduit ses commandes de 55 %. La perte en 2012 se chiffre à 265 414 € », explique son président, Joel Tessier. Après trente-cinq ans d'existence à Nantes, le tribunal a prononcé sa liquidation judiciaire, mettant à la porte quarante personnes (1). « La solution pour nous, c'est d'avoir peu de salariés, de prendre des CDD ou des auto-entrepreneurs qui facturent l'heure à pas-grand-chose, rouspète le directeur du Cefres. On organise de la précarité alors qu'on est censés nous-mêmes accompagner des gens en difficulté. »

L'une des particularités du secteur, c'est l'imprévisibilité. Les centres ignorent combien ils toucheront à l'issue du contrat qui prévoit un minimum et un maximum de prestations. En revanche, ils ont une obligation de moyens et de résultats. Si un demandeur d'emploi inscrit sur une action tourne les talons, les heures ne seront pas payées. Si le licencié économique à la fin de son suivi n'a pas retrouvé un travail, le centre ne touchera qu'une partie de l'enveloppe.

La direction de Pôle emploi n'a pas souhaité répondre à nos questions. Le sujet est brûlant. « À Pôle emploi, on choisit le moins cher. Du coup, tout le monde rogne sur tout », dénonce Valérie Hoingne, responsable régionale du SNU-FSU de l'établissement public. Résultat ? Les formations suivies par les chômeurs sont parfois bâclées.

(1) Une vingtaine d'établissements sont en difficulté dans la région.

Marylise COURAUD



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