La courbe du chômage s'inverse... Vraiment ?

Avec une diminution de 1,5% des effectifs en catégorie A, le nombre de demandeurs d'emploi connaît sa première décrue depuis le printemps 2011.

N’est-ce qu’un soubresaut statistique, ou le début de la décrue annoncée par le gouvernement ? Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle Emploi a fortement baissé au mois d’août, et dans presque toutes les catégories. Avec 50 000 inscrits de moins, les effectifs de la catégorie A (aucune activité) diminuent de 1,5% et sont désormais de 3,23 millions en métropole. En incluant les catégories B et C (temps partiels), la baisse est de 1,3%. C’est la première depuis avril 2011.

La tendance est particulièrement nette chez les moins de 25 ans (-3,6% en catégorie A), où les chiffres étaient déjà positifs depuis trois mois. On peut y voir l’effet des différents types de contrats aidés dédiés à ce public, qui continuent de monter en puissance. Selon le ministère du Travail, le 60 000e emploi d’avenir a ainsi été conclu ce lundi, et 500 à 600 nouveaux contrats seraient signés chaque jour.

Le gouvernement espère atteindre la barre des 100 000 d’ici la fin de l’année. Il compte aussi sur l’approche du 30 septembre : à cette date, la plupart des entreprises de plus de 300 salariés devront avoir conclu un accord ou un plan d’action sur le contrat de génération, l’autre grand dispositif du gouvernement en faveur des jeunes et des seniors.

Chez les 50 ans et plus, le nombre de demandeurs d’emploi reste stable. Une performance en soi pour cette catégorie, dont les effectifs ont explosé depuis un an (+13,4%). En termes d’ancienneté, seuls les demandeurs d’emploi de très longue durée - 3 ans ou plus- voient leur nombre progresser (+1%).

ANOMALIE STATISTIQUE

Ces bons chiffres s’expliquent en partie par la baisse du nombre d’inscriptions à Pôle Emploi : les fins de CDD diminuent de 6,9%, les fins de mission d’intérim de 9%, les licenciements économiques de 2%. Mais l’augmentation du nombre de sorties est plus conséquente encore. Et c’est là que le tableau devient plus ambigu. Car si les reprises d’emploi sont en hausse (+4,5%), ce sont surtout les arrêts de recherche pour cause de maladie, maternité ou retraite qui s’envolent (+10%), ainsi que les cessations d’inscription pour défaut d’actualisation (+38,8%!). Cette procédure concerne les demandeurs d’emploi n’ayant pas indiqué en ligne un éventuel changement de situation : ils sont alors radiés. Une partie d’entre eux ne tarde pas à refaire son apparition dans les listes de Pôle Emploi.

Cette variation est «exceptionnelle», selon les propres mots de la Dares, l’organe statistique du ministère du Travail. Selon elle, «à ce jour, aucun incident d’enregistrement dans le système d’information de Pôle emploi ou changement dans les modalités ou règles d’actualisation des demandeurs d’emploi n’a pu être identifié pour expliquer cette hausse». L’amplitude de cette dernière dépassant largement la variation du nombre de demandeurs d’emploi, le doute demeurera donc jusqu’au mois prochain sur l’avènement ou non d’une nouvelle tendance.

On comprend donc la «prudence» à laquelle appelle le ministère du Travail dans son communiqué. Parfois enthousiaste quand le nombre de chômeurs augmentait moins vite que d’habitude, Michel Sapin souligne aujourd’hui la «volatilité des chiffres du chômage d’un mois sur l’autre», et rappelle qu’une «baisse en août ne permet pas d’exclure une hausse le mois suivant». Il vaudrait pourtant mieux : d’ici quelques semaines, François Hollande et sa promesse d’inverser la courbe du chômage avant la fin de l’année seront jugés sur pièce. Les prévisions financières de l’Assurance chômage, qui doivent être présentées jeudi permettront d’y voir plus clair.

Dominique ALBERTINI

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>> Chômage: des statistiques trompeuses ? | BFM Business - Emmanuel Lechypre | 25/09/2013



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