Formation des chômeurs, le scandale !

Pourquoi les demandeurs d’emploi sont-ils si peu formés ? Un rapport encore confidentiel dénonce les dysfonctionnements d’un système devenu fou.

C’est un véritable brûlot. Un pavé lancé dans la fourmilière de la formation des demandeurs d’emploi. Dans un rapport qui sera prochainement rendu public mais que "Le Nouvel Observateur" a pu consulter, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) dénonce pêle-mêle les incohérences, l’archaïsme, l’opacité, les doublons, les injustices du fonctionnement des organismes qui sont censés former les 3.400.000 chômeurs que compte la France. Un zéro pointé. 32 milliards d’euros dépensés chaque année, 50.000 instituts aux sigles aussi variés qu’incompréhensibles, pour quel résultat ?

Sur les quelques 13 milliards d’euros versés cette année par les entreprises, 1% bénéficieront aux chômeurs ! Et, selon les rapporteurs qui remettent en cause la statistique officielle, un peu plus de 8% des demandeurs d’emplois seulement reçoivent une formation dont on sait pourtant qu’elle devrait être un préalable au retour durable à l’emploi.[...]

Infographie Medhi Benyezzar

A ce petit jeu, seuls les plus qualifiés s’en sortent

Une véritable usine à gaz semble avoir été conçue pour exclure les chômeurs ! "Pour espérer décrocher une formation, les demandeurs d’emploi doivent devenir de véritables experts du système, constatent les inspecteurs de l’Igas qui - c’est une première dans l’histoire des rapports ! – ont réunis des "focus groupes" de chômeurs. "Trop de démarches !", protestent en chœur les exclus du marché du travail. Dans la jungle de la formation professionnelle, la quête du cursus idéal implique en moyenne de solliciter l’avis d’une vingtaine d’organismes, de remplir des liasses de papiers, et mener l’enquête concernant le financement, la rémunération, l’hébergement, le transport ou la garde d’enfant... "

A ce petit jeu, seuls les plus qualifiés s’en sortent. Et ceux qui ont le plus besoin de formation sont laissé sur le bord de la route", constatent les inspecteurs de l’Igas. A quel saint se vouer quand on ne maîtrise pas les codes d’un univers hyper-réglementé et opaque ? Même les conseillers de Pôle Emploi, largement consultés eux-aussi par l’Igas, y perdent leur latin. Ils dénoncent "la lourdeur des démarches qui se matérialisent par les multiples feuillets papier que doivent remplir les conseillers à tout bout de champ". Des dossiers qui "nécessitent de circuler entre de nombreuses mains (…) et qui sont parfois perdus". [...]

Les chômeurs condamnés à se concurrencer

Dans le monde impitoyable de la formation professionnelle, la plus grande inégalité règne. En 2013, les entreprises de dix salariés et plus auront versé 13,1 milliards d’euros pour la formation professionnelle et l’apprentissage. "Cet effort, selon le rapport, se répartit pour 16 % en faveur des jeunes, pour 83% en faveur des actifs occupés, et pour 1% en faveur des demandeurs d’emploi". Parents pauvres, les chômeurs sont en outre condamnés… à se concurrencer entre eux !

Selon les auteurs du rapport, il est probable que "les chômeurs formés évincent les chômeurs non formés pour l’obtention d’emplois vacants. Par ailleurs, plus le nombre de chômeurs formés est élevé, plus il est probable que le gain individuel à être formé soit faible". Enfin, les demandeurs d’emploi issus des grandes entreprises sont privilégiés par rapport à ceux des PME. Dans cette usine à fabriquer de l’exclusion, les employeurs portent une lourde responsabilité. Au mépris de la loi ils omettent pour la plupart de dresser les bilans de compétences de leurs salariés les moins qualifiés, les exposant ainsi à un risque de chômage aggravé.[...]

>> Pour en savoir plus sur le rapport de l'Igas, lire l'intégralité de l'article de Martine Gilson dans "le Nouvel Observateur" du 19 septembre.


Martine Gilson



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