Les destructions d’emplois s’intensifient, pas de retournement attendu d’ici fin 2013

La situation s’est aggravée au 2e trimestre sur le front de l’emploi avec la disparition de près de 35.000 postes dans le secteur marchand et, les perspectives restant moroses jusqu’à fin 2013, l’inversion promise de la courbe du chômage ne devrait pas venir des entreprises privées.

Malgré un rebond surprise de la croissance au 2e trimestre (+0,5% selon l’estimation de l’Insee), les chiffres publiés mercredi par l’Institut de la statistique révèlent une détérioration de l’emploi salarié: 34.600 postes ont été rayés de la carte au 2e trimestre, après 4.700 au trimestre précédent.

Au 2e trimestre, tous les secteurs d’activité ont été frappés par cette dégradation, amorcée mi-2012.

Signe jugé inquiétant par les économistes: après une fugace embellie au début de l’année, l’intérim, sensible à la conjoncture et réputé précurseur des évolutions à venir du marché de l’emploi, est reparti à la baisse (4.000 postes supprimés).

Au total, sur un an, 140.000 emplois ont été rayés de la carte (-0,9%).

Pour Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis, «que les chiffres de l’emploi ne soient pas bons malgré le rebond du PIB n’est pas illogique, car il y a un effet retard», la sortie de récession n’impliquant pas automatiquement reprise des embauches.

Aux yeux de Marion Cochard, économiste à l’OFCE, ces mauvais chiffres sont dus aux «niveaux de productivité et de marges très dégradés des entreprises».

Au-delà, M. Waechter juge de son côté «préoccupants» les indicateurs macro-économiques, «qui montrent que la France est encore à la traîne des pays européens, où les signaux de reprise sont assez clairs».

Même si la situation est «beaucoup plus favorable qu’il y a quelques mois», «on ira probablement au deuxième semestre vers une stabilisation à la fois sur le front de l’activité et de l’emploi, rien de plus brillant», dit-il.

La prévision de croissance du gouvernement abaissée à 0,9% pour 2014

Les chiffres publiés mercredi sont conformes aux prévisions de l’Insee, présentées en juin, qui anticipaient 38.000 destructions d’emploi au 1er semestre dans le secteur marchand, coeur de l’économie.

L’institut prévoit encore 76.000 nouvelles destructions d’emploi dans la deuxième partie de l’année, soit une année 2013 plus noire encore que 2012.

«On est sorti du creux de la crise. On aura des taux de croissance nuls ou légèrement positifs dans les trimestres à venir, très insuffisants pour créer de l’emploi», pronostique Marion Cochard, qui fixe la barre à 1,5% de croissance annuelle environ, à l’instar de nombreux économistes.

Or, le ministre de l’Economie Pierre Moscovici a annoncé mercredi une révision à la baisse de la prévision de croissance pour 2014, à 0,9%, et le maintien de celle de 2013 à 0,1%.

Pour inverser la courbe du chômage à la fin de l’année, promesse martelée par François Hollande, le gouvernement compte donc sur la politique de l’emploi, notamment les emplois aidés.

Le gouvernement en prévoit au total près de 600.000 sur l’année, dont 100.000 «emplois d’avenir» ciblés sur les jeunes non qualifiés.

«Nous étions à plus de 54.000 au 5 septembre» et au rythme de «500 contrats signés par jour, les 100.000 seront atteints sans difficulté à la fin de l’année», a assuré mardi Michel Sapin.

Il y aura au total environ 200.000 emplois aidés de plus en 2013 qu’en 2012 et 2011, mais ce ne sera pas un record: au début des années 2000, ils avaient atteint un point haut avec 800.000 contrats.

«Il ne faudra pas compter sur les entreprises», renchérit Philippe Waechter, qui estime également qu’il y aura «peut être une inversion de la courbe des inscrits à Pôle emploi à la fin de l’année, mais pas d’amélioration notable sur le front de l’emploi».

Après la publication des chiffres de l’Insee, l’UMP a estimé que «la réalité désavou(ait) le président» et que «rien n’a été fait pour endiguer la hausse du chômage», critiquant la décision du gouvernement de «multiplier les emplois publics».

Pôle emploi recensait fin juillet 3,28 millions de demandeurs d’emploi sans activité en métropole, un plus haut historique.

AFP






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