Tout le monde semble se moquer du chômage, et pourtant...

Le chômage a atteint au deuxième trimestre son plus bas niveau depuis 2009. Or personne n’en parle. C’est comme si le sujet était aujourd’hui relégué au second plan. Malgré cette embellie, le problème est pourtant loin d’être réglé.

Cela semblait une sacrée bonne nouvelle : en deux ans, la France compte 300 000 demandeurs d’emploi de moins. Il n’y a pas si longtemps, une telle embellie – qui fait passer le chômage à 8,5 %, le taux le plus bas depuis 2009 – aurait été claironnée par le gouvernement urbi et orbi. Mais annoncés au creux de l’été, une veille de 15 août, ces chiffres de l’Insee, seulement salués d’un tweet ravi de la ministre du Travail, sont passés quasi inaperçus. Certes, l’annonce a donné lieu à la sempiternelle querelle d’experts sur le mode de calcul, les demandeurs d’emploi non comptabilisés, l’augmentation de la précarité et du nombre de travailleurs pauvres… N’empêche : incontestablement, la baisse du chômage, amorcée depuis la mi-2015, se poursuit. Lente certes, mais réelle.

Pourtant, tout le monde ou presque semble s’en moquer. Contrairement à son prédécesseur, qui avait imprudemment promis d’inverser la courbe des demandeurs d’emploi, Emmanuel Macron s’est bien gardé de faire de la « bataille du chômage » une priorité de son quinquennat. Le sujet a d’ailleurs étrangement disparu des débats publics : pas une banderole de « gilets jaunes » sur la question… Quant aux syndicats, même s’ils n’ont pas manqué de fustiger la réforme de l’assurance-chômage, ils ne se sont guère mobilisés non plus. Voilà bien longtemps qu’ils ont relégué le sujet au dernier rang de leurs revendications, préférant, eux aussi, parler salaire, pouvoir d’achat ou formation des actifs.

De son côté, le Medef, concentré sur les libertés entrepreneuriales et les exigences fiscales, n’a guère brillé par ses propositions. Comme si la plaie du chômage, problème politique, économique et social numéro un du pays depuis plus de trente ans – avec tout ce qu’elle entraîne de détresse individuelle et de risques de dérives populistes –, était aujourd’hui reléguée au second plan.

Malgré cette embellie, le problème est pourtant loin d’être réglé dans l’Hexagone. « Quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console », disait Talleyrand. En matière de chômage, c’est exactement l’inverse. Alors que la France compte encore plus de 2,5 millions de chômeurs, la plupart de nos voisins sont sortis de l’ornière.

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, où le taux de demandeurs d’emploi est inférieur à 3,7 %, flirtent avec le plein-emploi. Mais ce sont d’affreux régimes néolibéraux, direz-vous, où le marché du travail est totalement dérégulé, sans protection sociale ni salaire minimum. Soit. Regardons alors du côté de la Norvège, de la Suisse, des Pays-Bas, de l’Allemagne, avec leurs systèmes flexi-sécuritaires… Tous affichent des taux inférieurs à 5 %. Même la Belgique et le Portugal, pourtant frappés de plein fouet par la crise de 2008, font mieux que nous !

La France est le seul pays de l’OCDE qui, depuis quarante ans, reste englué dans ce problème. A croire que la « préférence française pour le chômage », dénoncée en 1994 dans un article écrit pour la Fondation Saint-Simon qui avait fait grand bruit, ne s’est jamais démentie. Des décennies de lutte obsessionnelle pour l’emploi et de politiques publiques aussi coûteuses que stériles n’ont finalement pas servi à grand-chose. « Contre le chômage, on a tout essayé », avait déclaré, fataliste, François Mitterrand. Nos voisins lui donnent tort.


Natacha Tatu