Chômage : Sapin veut préserver les droits

En dépit d’un endettement record de l’Unedic, le ministre du Travail exclut toute baisse des allocations chômage. Il ferme la porte à la dégressivité prônée par le Medef.

Le patronat est prévenu. « Ce n’est certainement pas dans cette période de très haut chômage qu’on va modifier si profondément que ça les règles, qu’on va baisser l’indemnisation des chômeurs », a affirmé le ministre du Travail, dimanche, sur France 5. Alors que les partenaires sociaux ne devraient finalement lancer que début 2014 la renégo­ciation des règles d’assurance-chômage (lire ci-dessous), Michel Sapin a tracé la voie, s’aventurant au passage sur la chasse gardée des gestionnaires de l’Unedic, en dépit de l’atta­chement affiché par l’exécutif à la démocratie sociale. « Je propose plutôt aux partenaires sociaux de simplifier, d’éviter les erreurs et les complications », a indiqué le ministre.

Un double risque

Pour le gouvernement, un durcissement des règles présenterait un double risque : social, en attisant les tensions, et économique, en accélérant la bascule, déjà en cours, d’un nombre croissant de chômeurs vers les minima sociaux, qui pèsent sur les comptes de l’Etat. Pour les mêmes raisons, Michel Sapin et la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, sont déjà montés au créneau début juillet pour défendre le régime des intermittents du spectacle.

Cette sortie de Michel Sapin conforte­ les syndicats, tous sur une ligne de défense des acquis face à un chômage record. « Il ne faut pas oublier qu’à l’heure actuelle, seule la moitié des 5 millions d’inscrits à Pôle emploi bénéficient d’allocations », pointe Stéphane Lardy (FO). Dans ce contexte, les chances du patronat d’obtenir un retour à la dégressivité des allocations, que Pierre Gattaz (Medef) réclame, apparaissent très minces, sinon nulles. N’en déplaise à la Commission européenne, qui presse la France d’adopter une telle réforme pour inciter les chômeurs à la reprise d’emploi et résorber le déficit de l’Unedic.

Des records historiques

Sous l’impact de l’explosion du chômage, la dette cumulée du régime s’élevait à 13,8 milliards d’euros fin 2012 et l’Unedic prévoit qu’elle atteigne 18,5 milliards fin 2013, puis 24,1 milliards fin 2014. De tels niveaux constituent des records historiques, comme le souligne le patronat pour justifier la nécessité de durcir les règles. « C’est intenable. On perd 5 milliards par an. On ne peut pas continuer à emprunter pour assurer des dépenses de fonctionnement ! Si on ne fait rien, on met en péril le régime », réagit Geneviève Roy (CGPME), inquiète de voir que « le gouvernement ferme toutes les portes. » D’autant que l’instauration de droits rechargeables, prévue dans l’accord sur la sécurisation de l’emploi de janvier, aura probablement un coût.

Michel Sapin, lui, a estimé, dimanche, que si le déficit est « important », il est « normal » et « logique » dans une telle période de chômage de masse. Il mise sur un retournement prochain de la courbe du chômage qui profiterait aux finances de l'Unedic, très sensibles à la conjoncture. Un pari audacieux tant, passée une possible accalmie grâce aux contrats aidés, un redressement durable du marché de l’emploi apparaît bien loin.


La négociation reportée début 2014

Pour eux, il est urgent d’attendre : les syndicats et le patronat sont convenus de n’ouvrir que fin 2013-début 2014 les discussions sur l’assurance-chômage. La demande initiale émane de la CFDT et le Medef est d’accord, « si l’objectif est de conclure en mars », avant les élections municipales (23 et 30 mars). D’ici là, les règles actuelles d’indemnisation seront prolongées d’un trimestre. Officiellement, ce report doit leur permettre de laisser passer le débat parlementaire sur les retraites et de se concentrer sur la négociation relative à la refonte de la formation professionnelle, qui débutera le 24 septembre et doit se conclure d’ici à décembre à la demande du gouvernement. Mais ce report vise surtout à laisser l’exécutif abattre ses cartes : le patronat, en quête d’un geste sur le coût du travail, veut disposer des arbitrages sur le financement de la protection sociale pour adapter sa position sur l’Unedic.


Par Derek Perrotte






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