Chômage : 40 ans de remèdes, et peu de résultat

Les partenaires sociaux, associations et collectivités étaient reçus ce lundi à Matignon. C'est le coup d'envoi d'une session de tables rondes dans les territoires. Cela fait plus de 40 ans que les gouvernements se succèdent et sonnent la mobilisation générale pour l’emploi. Mais jusqu’ici, aucun n’a réussi à endiguer le chômage de masse. Zoom sur l’histoire française du « traitement social du chômage ».

1977 : sous Valéry Giscard D’Estaing, Raymond Barre, Premier Ministre alors présenté comme « le meilleur économiste de France », va présenter un « Pacte pour l’emploi des jeunes ». Il s’agit alors d’accorder des baisses de charges aux entreprises qui embauchent. Les CDD sont facilités, des aides de l’Etat à l’apprentissage et à la formation professionnelle sont aussi prévus, ainsi que des recrutements dans la fonction publique. Le chômage se stabilisera autour de 1 million de demandeurs d’emplois, trois fois moins qu’aujourd’hui (catégorie A), mais ne baissera pas.

En subventionnant les emplois, Raymond Barre sera ainsi le premier à tenter ce que les économistes appelleront par la suite « le traitement social du chômage ». Une approche cataloguée à gauche, mais qui sera reprise par tous les gouvernements successifs, quel que soit leur couleur politique.

Fabius invente les T.U.C.

1984 : le chômage des jeunes frôle les 25%. Installé à Matignon, Laurent Fabius lance alors les T.U.C (Travaux d’utilité collective). Ce sont principalement des stages, à mi-temps, au maximum de 6 mois, dans les collectivités, pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes. Mais l’impact sur l’emploi restera très limité.

1986 : le chômage aura doublé en 10 ans, la France compte alors 2 millions de chômeurs. La même année a lieu la première cohabitation sous François Mitterrand. Jacques Chirac, alors Premier Ministre, va faire voter une ordonnance sur « le travail différencié », afin de faciliter les CDD et les missions d’intérim. Après une courte embellie, le chômage des jeunes va repartir à la hausse.

1990 : Michel Rocard, alors à Matignon, va supprimer les T.U.C, et les remplacer par les C.E.S, Contrats Emplois Solidarité, qui concerneront désormais toute la population (et plus uniquement les jeunes).

Le tollé du « SMIC-jeunes »

1994 : Edouard Balladur crée le C.I.P (Contrat Initiative Emploi). Le principe : autoriser l’employeur à payer les moins de 26 ans à 80% du SMIC. Rebaptisé « SMIC Jeunes », cette mesure déclenche un tollé chez les jeunes qui descendent massivement dans la rue, et obtiennent son retrait avant même son application.

1996 : sous la présidence de Jacques Chirac, pour la première fois, le gouvernement va tenter d’endiguer le chômage en réduisant le temps de travail. Il s’agit de la loi Robien qui préfigure les 35 heures. A l’époque, il est proposé aux entreprises une baisse du coût du travail, à condition qu’elles réduisent la durée hebdomadaire de 39 à 32h. Malgré cette mesure, le chômage continue de grimper.

1997-2000 : pour lutter contre le chômage, sous le gouvernement de Lionel Jospin, Martine Aubry va mettre en place les 35 heures. Selon l’Insee, cette réduction du temps de travail va permettre de créer 350 000 emplois de 1998 à 2002, mais plusieurs autres études font un bilan plus négatif sur le long terme. Durant la même période, Martine Aubry va aussi inventer les "Emplois jeunes". Il s’agit d’un CDD de 5 ans, où l’Etat prend à sa charge 80% de la rémunération d’un jeune au SMIC. Entre 1997 et 2005, 470 000 Emplois jeunes seront ainsi signés, principalement dans le secteur éducatif et social.

2002 : François Fillon, alors ministre du Travail, enterre ces Emplois jeunes jugés trop coûteux (3,5 milliards d’euros).

Le Contrat Première Embauche mort-né

2006 : la France compte alors 2,4 millions de chômeurs. Le Premier Ministre Dominique de Villepin va faire voter le Contrat Première Embauche. Il s’agit d’un CDI pour les jeunes, avec une période d’essai de 2 ans, pendant laquelle l’employeur peut licencier à tout moment sans avoir à mentionner un motif. Une fois de plus, la jeunesse se révolte contre un projet qui la cible, et sous la pression de la rue, le gouvernement abroge le CPE fraîchement voté (et jamais appliqué).

La crise financière change la donne

2007 : à son élection, Nicolas Sarkozy promet le plein emploi à la fin de son mandat. Mais il sera très vite rattrapé par la crise financière la plus violente qu’ait connu le monde depuis 1929. Il relancera alors les contrats aidés. Il vante à l’époque un « plan Marshall » pour l’emploi des jeunes. Là encore, il s’agit de mettre en place différents mécanismes pour inciter les entreprises à embaucher des apprentis et des jeunes en difficulté. Les emplois aidés n’étaient pas vraiment dans le programme de la droite, mais, en pleine crise financière, Nicolas Sarkozy justifie alors ce revirement : « qu’on ne vienne pas me dire que je change de stratégie économique, j’essaie d’être pragmatique ! », explique-t-il à l’époque.

2010 : le Premier Ministre François Fillon va mettre en place le Contrat Unique d’Insertion. Le CUI vise à simplifier l’environnement en regroupant tous les dispositifs d’aide à l’embauche. Il est aujourd’hui toujours en vigueur, baptisé Contrat d’Accompagnement dans l’Emploi. Il s’agit d’un CDI ou CDD de 24 mois maximum. Les salariés embauchés en CUI bénéficient de formations et d’actions d’accompagnement. A la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy, le chômage est toujours en hausse, et la France compte 2,9 millions de chômeurs.

François Hollande mise sur les Emplois d’avenir

2012 : dans un premier temps, pour lutter contre le chômage, François Hollande va s’appuyer sur les emplois aidés, en créant le Contrat de génération et les Emplois d’avenir. Ces nouveaux contrats aidés ciblent les jeunes sans qualification de 16 à 25 ans, principalement issus des quartiers difficiles où le taux de chômage peut atteindre 40%. A mi-mandat, il va changer de politique en s’appuyant sur les entreprises via des baisses de charges (CICE), et en faisant voter au printemps 2016 la loi El Khomri, qui permet de modifier le temps de travail par un simple accord d’entreprise.

Mais à la fin de son quinquennat, la France compte 3,5 millions de chômeurs (+ 585 000 en 5 ans). François Hollande n’aura pas réussi à inverser la courbe du chômage, promesse sur laquelle il avait hypothéqué son avenir politique.

Emmanuel Macron tente une nouvelle approche

2017 : dès son élection, Emmanuel Macron veut assouplir le marché du Travail, avec les ordonnances Pénicaud qui donnent plus de latitude à l’entreprise pour s’organiser en fonction de ses propres contraintes. Un état d’esprit dans lequel les contrats aidés n’ont plus vraiment leur place. Pour Emmanuel Macron, ils ne sont pas efficaces. S’appuyant sur des études de l’OCDE et de la DARES, sa ministre du Travail Muriel Pénicaud estime que ces dispositifs (CUI, Emplois d’avenir) sont trop coûteux et inefficaces dans la lutte contre le chômage. Pour l’exécutif, ils n’aident pas les salariés à monter en compétence.

Depuis le 1er janvier 2018, ils sont la plupart du temps remplacés par, une fois de plus, un nouveau dispositif : les « Parcours Emploi Compétence » (PEC). Désormais, la logique est plus qualitative que quantitative. Les bénéficiaires de ces PEC sont censés être mieux accompagnés et mieux formés. Ce dispositif coûte aussi moins cher à l’Etat (30 à 60% du SMIC brut pris en charge). Résultat, depuis qu’Emmanuel Macron est élu, les anciens contrats aidés (Emplois d’avenir, CUI-CAE) ont dégringolé (130 000 en 2008 contre 320 000 en 2017). Une baisse loin d’être compensée par les contrats Parcours Emploi Compétence.

Mathieu JOLIVET