Formation professionnelle : commencerait-on à sortir des affirmations péremptoires ?

L’Inspection Générale des Affaires Sociales a réalisé un fort intéressant pré-rapport intitulé Evaluation partenariale de la politique de formation professionnelle des demandeurs d’emploi

Signé par Paulo Gemelgo, Anousheh Karvar et Bruno Vincent, ce travail rompt heureusement avec les affirmations simplistes qui caractérisent nombre de propos, y compris ceux que tiennent de très hautes autorités, sur la formation professionnelle.

Après avoir relativisé les statistiques couramment utilsées qui surestiment la proportion des demandeurs d’emploi bénéficiant d’une formation (voir En 2011, un chômeur sur cinq a pu bénéficier d’une formation), et montré la faiblesse de la connaissance disponible sur l’impact réel des formations, il met bien en évidence les limites de l’approche adéquationniste qui fonde la conception de l’ensemble du complexe système de la formation des demandeurs d’emploi.

Cela se traduit par une estimation de résultats relativement plus faibles qu’attendus sur le retour à l’emploi, mais aux effets induits très positifs sur le maintien de l’employabilité et la remobilisation des personnes, ce que résume cette phrase “la formation a incontestablement un impact positif sur l’employabilité et diminue ainsi le risque de se voir tomber dans une trappe à inactivité

La mission analyse les pratiques respectives des composantes du Service Public de l’Emploi : elle propose d’aborder la question de la formation dès le premier entretien à Pôle emploi (sans toutefois aborder la question de sa faisabilité dans le cadre très contraint de l’EID), et constate que “pour proposer une entrée en formation, le conseiller de Pôle emploi doit surmonter des exigences professionnelles parfois contradictoires

A contrario la mission met en évidence des délais beaucoup plus courts quand ce sont les Missions locales ou Cap emploi qui assurent l’accompagnement puisque “les conseillers de Mission locale et de Cap emploi disposent d’une plus grande latitude à accompagner un projet de formation. Les deux réseaux, spécialisés dans l’accueil et l’orientation de publics spécifiques (jeunes pour le premier, travailleurs handicapés pour le second) constituent des guichets bien identifiés pour leurs publics auxquels ils offrent des dispositifs plus adaptés à leurs besoins

Cette affirmation est d’ailleurs complétée par l’analyse suivante “Pour les 156 000 jeunes qui ont vu, en 2011 et 2012, leur demande de formation satisfaite à l’issue d’un acte de prescription du réseau des Missions locales, le délai moyen entre la première demande de formation et la date d’entrée en formation a été de 69 jours (9-10 semaines).

Lorsque cette première demande a mérité approfondissement et donne lieu à des actes métiers supplémentaires d’accompagnement en Mission locale, le délai entre la dernière demande de formation et la date d’entrée en formation est de 55 jours (7-8 semaines).

Pour une entrée en formation réussie, il aura fallu organiser en moyenne deux mises en relation entre le jeune et un (des) organisme(s) de formation

Du côté de Cap emploi “Le volet formation est donc une dimension fondamentale de l’accompagnement vers l’emploi des travailleurs handicapés dont le besoin en qualification est reconnu

Pour Pôle emploi, la mission fait le constat que “La complexité du parcours contribue de manière concrète à sélectionner les individus les plus qualifiés et les plus motivés” et poursuit “la recherche d’un financement, comme celle d’une formation et d’un prestataire adaptés sont des étapes qui contribuent à une forme « d’écrémage » au profit des demandeurs d’emploi les plus qualifiés”, ce qui est complété par l’affirmation suivante “Le manque de temps, d’expertise et de ressources internes limite la capacité d’accompagnement des conseillers Pôle emploi

Sur le plan territorial, la mission esquisse une perspective ”Dans certains territoires, des initiatives ont vu le jour visant à regrouper différents services à destination des personnes désireuses de se réorienter telles que les cités des métiers, les maisons de la formation.” Comment ne pas noter l’absence de référence, inquiétante pour elles, aux Maisons de l’Emploi ?

Le rapport rappelle aussi heureusement à ceux qui estiment que les fonds affectés à la formation professionnelle sont gaspillés que la contribution des employeurs a été mise en place pour leur permettre de faire face à une obligation générale qui leur incombe pour s’assurer de l’employabilité des salariés, ce qui limite fortement la part de la contribution qui pourrait être affectée à la formation des demandeurs d’emploi

Nul doute que ce qui est présenté comme un pré-rapport met en évidence, en termes diplomatiques, mais pour le moins parfaitement clairs pour celui qui prende le temps de lire, au delà de suggestions d’amélioration qui apparaissent pertinentes doivent soigneusement être expertisées quatre points stratégiques

1- La complexité actuelle ne peut être réglée par une approche se fondant sur la seule affirmation qu’il faut simplifier

2- La formation n’est pas la panacée et est loin d’être nécessaire pour tous les demandeurs

3- Dans son état actuel, Pôle emploi est loin d’être en mesure d’assurer un accompagnement correct vers la formation d’une grande partie des demandeurs d’emploi pour qui elles serait utile

4- Il est illusoire de penser que les moyens d’augmenter significativement le nombre de demandeurs d’emploi en formation viendra de ce qui est aujourd’hui consacré à la formation des salariés en poste

Souhaitons que ce rapport ne soit pas considéré comme un rapport de plus, dans un domaine qui n’en est pas avare, et soit lu ! Et nous nous permettons d’y ajouter notre modeste contribution sur le sujet (voir Formation professionnelle : François Hollande s’est mis au défi)


@ Michel Abhervé pour Alternatives Economiques

Michel Abhervé

Professeur associé à l'université de Paris Est Marne la Vallée, il y enseigne l'économie sociale et les politiques publiques dans une licence professionnelle « Management des organisations de l'économie sociale ». Il a mis en place la possibilité de suivre cette formation en apprentissage. Il intervient également dans le Master rénové «Management de l'insertion dans l'économie sociale et solidaire » et contribue à l'animation du site ressources pour l'économie sociale www.univ-mlv.fr/ecosoc.

Michel Abhervé a exercé des responsabilités politiques en étant pendant plus de 20 ans élu à Evry et au conseil régional d'Île-de-France. Il a en particulier suivi des dossiers concernant l'insertion, la formation professionnelle, assuré la présidence de l'Union nationale des missions locales, et vient de suivre pour les employeurs de l'économie sociale le Grenelle de l'insertion, à travers un blog

>> Le blog de Michel Abhervé (Alternatives Economiques)





Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir