Muriel Pénicaud: "on ne résout pas 30 ans de chômage de masse d'un coup de baguette magique"


Dans un entretien à Challenges, Muriel Pénicaud, ministre du Travail, fait un point sur la situation de l'emploi en France. Elle estime que pour redresser la situation, il faut jouer sur la formation, l'apprentissage. Mais, pour elle, la France part de loin.


La France reste l'un des pays d'Europe où le chômage reste au plus haut. Peut-on parler d'échec? Non, assure Muriel Pénicaud. Dans un entretien au magazine Challenges, la ministre du Travail rappelle que la France part de loin. "On ne peut pas résoudre trente ans de chômage de masse d'un coup de baguette magique", explique Muriel Pénicaud en notant que de signes montrent un redressement de la situation.

"En un an, le chômage est passé de 9,7 % à 9,1 % de la population active. Certes, le gouvernement ne se satisfait pas de cette situation mais la tendance est bonne. Pour preuve, l'économie française a créé 250.000 emplois sur les douze derniers mois. Et les embauches en contrat à durée indéterminée ont augmenté de 14 % en un an", explique la ministre.

Mais, selon Muriel Pénicaud, la France fait face à un paradoxe qu'il faut surmonter. Soulignant qu'il y a, dans l'Hexagone, "2,5 millions de demandeurs d'emploi", elle rappelle que bon nombre d'entreprises "n'arrivent pas à recruter, faute de compétences". Pour résoudre ce paradoxe, le gouvernement joue la carte de la formation et de l'apprentissage. Un plan d'investissement de 15 milliards d'euros va permettre de "former un million de chômeurs et un million de jeunes éloignés du marché du travail". Par ailleurs, la réforme de l'apprentissage a déjà produit quelques fruits. "Le nombre d'apprentis a augmenté de 5,6% depuis septembre et les demandes à la sortie du collège ont bondi de 45%", note la ministre.

L'autre levier consiste à réduire le nombre des demandeurs d'emplois qui alternent contrat courts et périodes d'indemnisation. "Une personne qui travaille à mi-temps au smic perçoit un salaire de 740 euros par mois. Mais si elle alterne 15 jours de chômage et 15 jours de travail dans un mois, elle percevra un revenu de 960 euros. Ce n'est pas normal. On ne doit pas gagner plus en étant au chômage qu'en travaillant. Il faut changer ces règles, qui enferment dans la précarité".

En début d'année, Emmanuel Macron a annoncé sa volonté de "changer en profondeur les règles de l'indemnisation du chômage". Un décret publié le 30 décembre au Journal officiel, après deux refus "d'une offre raisonnable" fait à un demandeur d'emploi, l'allocation sera supprimée pendant un mois.