Comment s'y retrouver dans le maquis des chiffres du chômage?

Les chiffres du chômage pour juillet seront connus ce mardi 27 août à 18 heures. Mais entre nombre de demandeurs d'emploi et de chômeurs, taux de chômage selon l'Insee ou Eurostat, il est difficile de s'y retrouver. Explications.

Le nombre des nouveaux inscrits à Pôle emploi pour juillet va être dévoilé ce mardi 27 août à 18 heures. Après les presque 15.000 nouveaux demandeurs d'emploi du mois de juin, le retournement de la courbe du chômage promis par le gouvernement avant la fin 2013, va-t-il enfin se dessiner? Sinon, ce sera le 27ème mois consécutif de hausse du nombre d'inscrits.

Mais le chiffre publié ce soir ne recouvre pas toute la réalité de la situation de l'emploi en France. Entre les taux de chômage mensuels et trimestriels, le nombre de chômeurs au sens du Bureau international du travail (BIT) et celui des demandeurs d'emploi, il existe de multiples données statistiques qui décrivent toutes des situations réelles, mais avec des angles de vues différents. Ce qui permet souvent aux politiques de faire dire ce qu'ils souhaitent aux chiffres. Voici comment comprendre ceux-ci.

> Pourquoi Pôle emploi et l'Insee divergent ?

Les chiffres que donne le gouvernement chaque mois, sont ceux des demandeurs d'emploi, comptabilisés par Pôle emploi et la Dares, le service statistique du ministère du Travail. Ils représentent les nouveaux inscrits à Pôle emploi sur le mois passé. Mais les personnes sans emploi qui sont inscrites dans une agence d'intérim, sans s'être déclarées auprès de Pôle emploi, ou celles qui en ont été radié, ne sont pas comptabilisées.

La Dares distingue en outre cinq types de demandeurs d'emplois. La catégorie A, qui concerne les personnes n'ayant exercé aucune activité dans le mois, est celle que regardent les médias et le gouvernement. Les catégories B et C regroupent celles qui ont travaillé plus ou moins de 78 heures sur la période. Et les catégories D et E regroupent ceux dispensés de rechercher activement un emploi, pour des raisons variées telles qu'une maladie ou une formation.

L'Insee de son côté comptabilise les chômeurs selon la définition qu'en donne le BIT (Bureau international du travail) : toute personne de plus de 15 ans, immédiatement disponible, cherchant activement un emploi et n'ayant pas travaillé, qu'elle soit ou non inscrite à Pôle emploi.

L'institut estime qu'un cinquième environ des chômeurs qu'il comptabilise ne s'est pas fait connaître auprès de Pôle emploi. Inversement, un cinquième des demandeurs d'emploi de catégorie A ne correspondent pas à la définition du chômeur donné par le BIT.

> Quels chiffres peuvent être comparés à ceux des autres pays?

Seules les données de l'INSEE permettent les comparaisons internationales. Elles facilitent aussi la comparaison dans le temps puisque la définition du BIT est inchangée depuis 1982, tandis que les statistiques de la Darès et de Pôle emploi sont soumises aux changements de règles administratives.

Ainsi, depuis le 1er août 2008, les demandeurs d'emploi de plus de 57 ans et demi n'étaient plus tenus de rechercher activement un emploi pour bénéficier de leurs allocations chômage. Cet âge est passé à 58 ans en 2009, 59 en 2010, 60 en 2011, puis le dispositif a été supprimé en 2012.

Les seniors ont donc progressivement été de plus en plus nombreux à être comptabilisés par Pôle emploi, sans qu'il y ait d'évolution significative de leur situation sur le marché du travail.

> Pourquoi Eurostat et l'Insee n'ont pas le même taux de chômage?

Le taux de chômage, c'est-à-dire la proportion de personnes sans emploi au sein de la population active (travailleurs + chômeurs), est calculé par l'Insee chaque trimestre, toujours selon la définition du BIT.

L'institut européen de la statistique, Eurostat, diffuse de son côté ces éléments tous les mois. Pour mesurer le nombre de chômeurs, il prend à la fois les chiffres de la Dares et ceux de l'Insee, auxquels il applique un traitement statistique. En outre, Eurostat compte les chômeurs des DOM-TOM, tandis que l'Insee publie de manière indépendante un taux pour la France métropolitaine et un autre pour l'outre-mer.

> Comment corrige-t-on les variations saisonnières?

Recrudescence de saisonniers en été et pendant les vacances d'hiver, arrivée massive d'étudiants qui ont fini leur cursus sur le marché du travail en septembre, nombre de jours ouvrés qui varient selon la période : d'un mois à l'autre, le nombre de nouveaux chômeurs peut fortement varier sous l'effet de mouvements structurels. C'est pourquoi l'Insee, comme la Dares, ont mis au point des coefficients pour corriger leurs données des variations saisonnières.

L'Insee supprime ainsi les variations dues au profil saisonnier habituel d'embauche pendant l'été et de mise à pied pendant l'hiver dans des secteurs d'activité comme l'agriculture et la construction. Par ailleurs, il lisse sur l'année l'arrivée massive des 15-24 ans sur le marché du travail en septembre.

La Dares prend en compte l'impact du nombre de jours ouvrables sur le mois, mais aussi l'atonie traditionnelle des offres collectées par Pôle emploi en début d'année, et leur hausse en fin d'année.


Nina Godart



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