Le chômage n’est pas une fatalité

Propos désabusé de François Mitterrand. C’était en 1993. « Contre le chômage, on a tout essayé », avait observé le président socialiste. Ce n’est pourtant pas faute d’investissements publics. Ni de programmes spécifiques destinés aux chômeurs de longue durée.

Depuis plus de quarante ans, le poison lent du chômage mine la société française. Barre l’horizon. François Hollande a, lui aussi, trébuché sur cette courbe qui pourrait être fatale à son successeur.

En dépit d’une croissance solide depuis plusieurs mois, le nombre de personnes sans travail atteint toujours des sommets : plus de 5,6 millions, toutes catégories soutenues.

On aurait pu imaginer que la question soit au cœur des revendications des Gilets jaunes. Elle n’a pas été abordée. Dans le long catalogue à la Prévert allant du référendum d’initiative citoyenne à la suppression des vaccins en passant par l’augmentation du Smic et l’abandon de la hausse de la taxe carbone sur les carburants, pas un mot sur le sujet. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de cette révolte des ronds-points.

Et si la France cessait de baisser les bras. Pour s’attaquer enfin au mal à la racine. Dans un essai tonique, Il n’y a pas de fatalité au chômage de masse (1), une quinzaine de personnalités invitent à prendre le problème à bras-le-corps.

Pas si simple tant cette question du travail ou plutôt de son absence est un puissant révélateur des dysfonctionnements d’une société encore trop corsetée qui peine à faire une place aux jeunes et pousse vers la sortie les seniors.

De multiples réponses

La productivité des entreprises françaises est élevée, mais sur une durée de vie active de plus en plus courte et au prix de conditions de travail parfois dégradées. En fait, il n’y a pas une mais de multiples réponses qu’il faudrait mettre en œuvre simultanément pour espérer obtenir enfin des résultats. C’est d’ailleurs le diagnostic qui avait été posé par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle. Dans son projet de transformation, il y avait bien cette volonté de jouer sur tous les tableaux : le dédoublement des classes en primaire, la formation professionnelle, le logement, l’innovation.

Certaines de ces réformes ne porteront leurs fruits que dans plusieurs années. D’autres comme la loi Elan sont très en deçà du défi à relever. Alors qu’il faudrait construire 500 000 logements par an pour répondre à la demande, le choc d’offres annoncé ne tiendra pas ses promesses. Et la baisse des APL, une mesure purement comptable imposée par Bercy, est en contradiction flagrante avec le programme annoncé.

Il faudrait être plus ambitieux, plus sélectif aussi notamment pour accompagner la mobilité des jeunes professionnels en les aidant à se loger dans les zones les plus tendues. Car la France cumule à la fois un chômage de masse et une difficulté à recruter dans de nombreux secteurs.

La réponse passe aussi par un travail plus fin, conduit au plus près des différents marchés du travail. L’expérimentation Zéro chômeur de longue durée, menée dans une dizaine de territoires volontaires, montre qu’on peut inventer dans les interstices de l’économie des services non pourvus. Être innovant sur le plan économique, mais aussi social. Sortir de cet « immobilisme convulsionnaire » diagnostiqué en 1976 par Alain Peyrefitte et dont la France vient à nouveau de faire la démonstration.

(1) Sous la direction de Françoise Benhamou, une publication du Cercle des économistes aux éditions Descartes & Cie.

Patrice MOYON