Emploi : pourquoi le chômage augmente alors que les embauches sont en hausse

Le taux de chômage en France reste à un niveau élevé : 9,1%, selon les chiffres du troisième trimestre 2018 publiés mardi 20 novembre.

e taux de chômage français a été publié mardi 20 novembre. Il n’a pas baissé du tout et reste à un niveau élevé, 9,1 %. Et pourtant, le nombre d'embauches en France n’a jamais été aussi bon. Durant le même trimestre, le troisième de l’année 2018, on a eu à la fois un record d’embauches, plus de 2 millions, un nombre jamais atteint, et un chômage désespérément stable par rapport au trimestre d’avant.

Il s’agit de la vraie mesure du chômage, celle qui est effectuée par l’INSEE, à partir d’une enquête approfondie. Elle dénombre 2,6 millions de chômeurs en France hors Mayotte, c’est-à-dire des personnes de plus de quinze ans sans activité aucune et en recherche active d’emploi. Pôle emploi arrive à un chiffre beaucoup plus important, parce que l’organisme compte aussi les chômeurs qui travaillent à temps partiel et restent inscrits sur les listes. Le paradoxe est difficile à expliquer, mais il y a une hypothèse vraisemblable, qui est malheureusement assez regrettable.

Il y a probablement deux marchés du travail en France : celui des gens qualifiés ou avec une expérience professionnelle parce qu’ils sont déjà en emploi, dans la tranche d’âge 30-50 ans. Pour ceux-là, la crise de l’emploi, c’est fini. Ils sont recherchés par des entreprises qui butent sur la pénurie de ressources et qui, du coup, vont débaucher chez leurs concurrents.

La forte hausse des embauches s’explique ainsi : il s’agirait d’une rotation du personnel qui est déjà employé, qui change de job et en profite généralement pour faire monter son salaire, en particulier chez les cadres.

Les chômeurs non-qualifiés exclus

C’est ce qui explique aussi la hausse des CDI, +10 % sur un an. Quand vous débauchez quelqu’un qui est en CDI, vous lui proposez évidemment un CDI. Alors que ce n’est pas forcément le cas pour un chômeur. Et les autres, ils restent sur le sable.

Parce qu’ils sont non qualifiés. Parce qu’ils sont au chômage depuis longtemps et que leur valeur sur le marché du travail a baissé aux yeux des employeurs potentiels. Pour ceux-là, reprise ou pas, c’est le chômage. Ils ne parviennent pas à se réinsérer.

Et c’est malheureusement une hypothèse solide. Elle est corroborée par ces deux chiffres que je vais vous donner, édifiants. Pour les personnes disposant d’au moins 11 années d’expérience professionnelle et qui ont une formation d’au moins bac plus deux, le taux de chômage en France n’est que de 4,5 %.

Une solution : la formation

En revanche, pour ceux qui sont sans expérience et sans qualification, le taux de sans-emploi est de 48 %. Douze fois plus élevé. C’est dire qu’une moyenne comme celle qu’a publiée l’INSEE mardi 20 novembre ne veut rien dire, elle ne sert qu’à faire des comparaisons internationales.

La seule option pour sortir de cette dualité mortifère, c’est la formation, massive et durable, et l’accompagnement dans l’emploi des personnes qui ont été déqualifiées par une longue période d’inactivité. C’est un travail titanesque, c’est l’affaire de plusieurs années bien sûr.

C’est dire si l’objectif de Muriel Pénicaut, notre ministre du Travail, d’arriver à un taux de chômage moyen de 7% d’ici la fin du quinquennat, est ambitieux. Car à 9 %, nous butons visiblement sur un solide plancher qu’il va être diablement difficile d’enfoncer.


François Lenglet



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