La bataille contre le chômage est loin d'être gagnée !

LE CERCLE/POINT DE VUE - Le taux de chômage campe désespérément autour de 9 % de la population active. Les réformes sur la formation initiale et continue, trop timides, ne devraient rien y changer.

Il y a peu d'exemples récents où autant d'actions visant à faire baisser le chômage auront été entreprises ou initiées en si peu de temps dans notre pays. Sur le papier, la liste des réformes est impressionnante : allégements de charges sur les bas salaires, droit du travail, contrats aidés, apprentissage et formation professionnelle, contrôle des chômeurs, projets sur l'assurance-chômage...

Et pourtant, le taux de chômage campe désespérément autour de 9 % de la population active, soit sa moyenne depuis trente ans. Quant au taux d'emploi (proportion de personnes en âge de travailler occupant un emploi), il reste 10 points en dessous de celui de l'Allemagne, ce qui, au passage, explique en partie la crise du pouvoir d'achat.

Pas de mauvais procès

Bien sûr, nul ne pense que ces réformes permettraient mécaniquement de diminuer le chômage, d'autant plus que certaines ne sont qu'à l'état d'annonces (assurance-chômage) tandis que d'autres, déjà votées, ne sont même pas encore entrées en vigueur (formation professionnelle) ! Décréter que le gouvernement a d'ores et déjà échoué sur le front du chômage serait à ce stade un très mauvais procès.

Pour autant, un doute peut déjà surgir sur l'efficacité et l'ambition de certaines d'entre elles, si l'on entre un peu dans les détails. Certes, la réforme du droit du travail de 2017 a été massive et structurante : le dialogue social dans l'entreprise a considérablement gagné en souplesse et en efficacité ; le droit du licenciement individuel comme collectif en est ressorti plus flexible et plus prévisible que chez la plupart de nos voisins : on en voit déjà les premiers fruits à travers la forte progression des embauches en CDI et la chute du nombre de contentieux prud'homaux.

Impact aléatoire

Du côté de la formation initiale et continue, l'impact futur des réformes est, en revanche, beaucoup plus aléatoire. Concernant l'apprentissage, le gouvernement est à coup sûr passé à côté du sujet en se concentrant sur une vaste et complexe réforme de la tuyauterie financière plutôt que sur la levée des principaux freins pourtant parfaitement connus des praticiens : pas de vraie réforme de l'orientation, pas de réflexion sur la concurrence destructrice entre lycées professionnels et CFA...

S'agissant de la question centrale de la formation continue et, plus généralement de la reconversion professionnelle et de la montée en compétences des actifs, les termes de l'équation sont bien connus : un chômage à 9 % coexistant avec une proportion de recrutements jugés difficiles dépassant 40 % dans de très nombreux secteurs économiques, la généralisation de technologies bouleversant à grande vitesse les besoins en compétences des entreprises, des inégalités flagrantes en matière d'accès à la formation...


Les contours de la future réforme de l'assurance-chômage sont encore incertains.


Sur ce front-là, les réformes sont réelles, mais à l'évidence trop timides. Certes, la « libéralisation » du compte personnel de formation est une avancée majeure : les salariés vont, à partir de 2019, disposer d'un outil plus souple, les rendant davantage acteurs de leur parcours professionnel. Mais, outre que le dispositif reste sous-financé, les avancées en matière de conseil en évolution professionnelle restent insuffisantes. Au total, on est loin des conditions permettant l'émergence d'une véritable « industrie de la reconversion professionnelle » à la hauteur des besoins.

Enfin, les contours de la future réforme de l'assurance-chômage sont encore incertains. En axant le combat sur les paramètres du système qui favorisent la « permittence », enferment de trop nombreux actifs dans la précarité et coûtent si cher à l'Unédic, le gouvernement a choisi la bonne cible. Espérons qu'il aille jusqu'au bout sur cette réforme essentielle.

Bertrand Martinot , ancien délégué général à l'emploi et à la formation professionnelle, collaborateur à l'Institut Montaigne.


Bertrand Martinot



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