Chômage : l’année 2019 sera décisive

Le nombre de chômeurs remonte en France depuis le printemps. Trou d’air momentané ou signe que le gouvernement se heurte à des difficultés structurelles pour réduire un fléau sévissant depuis plus de 40 ans ? A ce titre, l’année 2019 sera décisive pour savoir si la politique volontariste du gouvernement pour favoriser le climat des affaires et privilégier le pouvoir d’achat des salariés portera ses fruits.

Devenue trimestrielle, la publication des chiffres du chômage n’a pas apporté d’éclaircie dans la grisaille que connait le gouvernement depuis la rentrée. En effet, le nombre de demandeurs d’emploi de la catégorie A, c’est-à-dire les personnes n’exerçant aucune activité, même à temps partiel ou en formation, s’est élevé à 3 456 800 personnes au 3e trimestre.

C’est une progression de 0,5 % par rapport au précédent trimestre qui avait déjà lui-même progressé de 0,2 %. Cependant, sur un an, le nombre de chômeurs continue sa décrue, avec un repli de 1,2 % sur un an. Mais clairement la dynamique baissière a marqué le pas.

 

Des raisons conjoncturelles à la hausse du chômage ?

D’abord, la croissance mondiale est moins porteuse qu’en 2017. Le Fonds Monétaire International (FMI), dirigé par la française Christine Lagarde, a encore réduit début octobre ses estimations de 0,2 point à 3,7 %. Les incertitudes sur le commerce mondial alimentées par les coups de force du président américain Donald Trump commencent, semble-t-il, à laisser quelques traces. De plus, l’apparition de crises sur plusieurs devises de pays émergents (Turquie, Argentine) est venue aussi alimenter les inquiétudes.

Autre facteur contrariant, la hausse du prix du pétrole est venue brider le pouvoir d’achat des ménages français. Elle a aussi pesé sur le déficit commercial de la France, accentuant la contribution négative du commerce extérieur à la croissance française.

Enfin, plus directement lié à la politique économique française, le séquençage entre les hausses (CSG, taxe sur les carburants) et les baisses d’impôts (réduction des charges sociales des salariés et de la taxe d’habitation) n’a pas été favorable à la consommation. L’essentiel des baisses n’intervient en effet que ce mois-ci, tandis que les hausses ont déjà eu lieu. Conséquence pour notre pays, la Banque de France ne table plus maintenant que sur une croissance de 1,6 % pour 2018 après 2,3 % en 2017.

Des signes encourageants pour les mois à venir

Le gouvernement espère qu’une meilleure conjoncture s’ouvre en 2019 avec l’application en année pleine de ces baisses d’impôts. S’ajoutera aussi une deuxième salve de baisse de la taxe d’habitation à la fin de l’année prochaine.

Côté entreprises, les enquêtes de projets d’embauche sont là aussi encourageantes. Ainsi, selon l’Agence Centrale des organismes de Sécurité Sociale (Acoss), qui est une émanation de l’URSSAF, les déclarations préalables à l’embauche ont repris leur mouvement à la hausse.

C’est une bonne nouvelle puisqu’après un recul de 0,3% au 1er trimestre et une hausse poussive de 0,3 % au 2e trimestre, ces déclarations d’embauche se sont redressées nettement ces derniers mois, à + 2,7 %, renouant avec des niveaux plus en phase avec 2017. Autre point positif, l’ensemble des secteurs (industrie, construction et tertiaire) sont concernés.

Ceci viendrait donc confirmer l’hypothèse du « trou d’air »

Une hausse structurelle du nombre d’actifs

Cependant, il demeure ce sentiment que l’économie française peine à faire décroître le chômage même lorsque la conjoncture est porteuse, et qu’elle est particulièrement fragilisée au moindre ralentissement. Plusieurs éléments viennent étayer cette perception.

D’abord, depuis 10 ans, c’est 1,3 million de personnes qui sont venues grossir la population active française selon l’INSEE. Cette hausse provient de la tranche des plus de 55 ans dont le taux d’activité augmente avec le recul de l’âge de la retraite. La nécessité d’équilibrer les régimes de retraite pourrait donc en partie ralentir la baisse du chômage.

L’économie doit donc créer suffisamment d’emplois non seulement pour compenser les destructions d’emplois, mais également pour faire face au maintien en activité des travailleurs les plus anciens. Or si l’économie française semble en mesure de compenser le déclin de certaines activités, en particulier dans l’industrie, par l’émergence de nouveaux emplois dans le tertiaire, elle se montre en revanche incapable d’absorber ce surcroît d’actifs.

Ce sont alors les jeunes peu qualifiés arrivant sur le marché du travail, les travailleurs de l’industrie ne parvenant pas à se reconvertir vers le tertiaire et des seniors sans emploi qui se trouvent évincés et viennent alors gonfler un chômage de longue durée. Apparaît alors ce qu’on appelle le halo autour du chômage : ces personnes inscrites à Pôle emploi mais exerçant quelques heures de travail ou poursuivant une formation.

Catégorie  

Spécificité
Catégorie A Demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi
Catégorie B Demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite courte (c.à.d de 78 heures ou moins au cours du mois)
Catégorie C Demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite longue (c.à.d. de plus de 78 heures au cours du mois)
Catégorie D Demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi (en raison d’un stage, d’une formation, d’une maladie…), sans emploi
Catégorie E Demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, en emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés)

Source : Pôle Emploi

C’est ce halo qui semble structurellement s’installer dans le paysage économique français, le nombre de ces catégories entre chômage et activités intermittentes ne cessant en effet de progresser.

Allier flexibilité, formation et incitation au travail

L’objectif est donc d’enrichir la croissance française en création d’emplois faisant sortir les demandeurs d’emploi de ce halo de chômage. Pour y parvenir le gouvernement explore plusieurs pistes.

D’abord réformer le marché du travail, avec la loi Travail, qui a pour objectif de donner plus de flexibilité aux entreprises. Ensuite réduire les emplois aidés précaires ou formations qui installeraient dans ce halo de chômage, avec l’espoir que l’emploi privé, redynamisé par une meilleure fluidité, compense cette réduction. Il faut également revoir la formation professionnelle pour permettre une meilleure adéquation entre les emplois proposés dans le secteur privé et les profils des demandeurs d’emplois.

Enfin, pousser les partenaires sociaux à signer une nouvelle convention chômage qui reverrait les conditions pour cumuler emploi à temps partiel et droit aux indemnisations chômage. L’objectif étant de ne pas favoriser l’installation durable dans cet entre-deux.

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