Réforme de l'assurance chômage : les craintes du patronat

Demain syndicats et patronat se retrouvent pour commencer à discuter des nouvelles règles de l’assurance chômage. Et les négociations se présentent mal.

Il faut dire que le gouvernement ne facilite pas les choses. Dans sa feuille de route, il demande aux partenaires sociaux de réaliser près de quatre milliards d’économies en trois ans. Un montant énorme, impossible à trouver sans rogner les indemnités des chômeurs. Mais il y aussi une piste qui plait beaucoup moins au patronat : la taxation des entreprises qui abusent des contrats courts. 10 % des salariés sont enfermés dans les petits boulots à répétition, dans des secteurs comme la restauration, le médico-social ou le spectacle vivant. La durée de ces contrats ne cesse de raccourcir : un tiers des CDD ne dure qu’une journée. Et la plupart des réembauches se fait chez le même employeur. C’est ce qu’on appelle la permittence.

Entre deux contrats, c’est l’assurance chômage qui prend le relais. Et ça coûte cher : les contrats courts représentent un déficit de près de neuf milliards d’euros par an pour l’Unedic. D’où l’idée du gouvernement, qui était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron, d’instaurer un bonus-malus : si vous êtes une entreprise qui a davantage recours aux CDD ou à l’intérim que la moyenne de son secteur, vous cotiserez plus à l’assurance chômage. Si vous êtes bon élève par contre, vous cotiserez moins. Un système sensé encourager les comportements vertueux, mais le patronat ne veut pas en entendre parler. Pour le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, le bonus-malus va dissuader les entreprises d’embaucher. L’autre organisation patronale, la CPME veut faire reposer les économies sur les demandeurs d’emplois : elle propose que les salariés qui refusent un CDI à l’issue d’un CDD n’aient pas le droit à l’assurance chômage. Une proposition choc, dont bien sûr les syndicats de salariés ne veulent pas entendre parler.

La négociation est donc vouée à l’échec. Le problème de fond, c’est que l’Etat encourage le développement des contrats courts depuis des décennies, en créant de nouvelles formes de CDD plus souples. Par exemple le CDD d’usage qui concerne aujourd’hui plus d’un million de salariés. C’est compliqué de refermer la boîte de Pandore et le gouvernement n’a pas l’intention d’encadrer les CDD. Le seul levier à sa disposition, c’est donc le bonus-malus. Il peut le mettre en place, même sans accord des partenaires sociaux. Pas besoin d’une loi, un simple décret suffit. Mais ça implique de se fâcher avec le patronat. Le gouvernement est-il prêt à aller jusque-là ? On prend les paris


Marc Chevallier


A LIRE AUSSI :

>> Assurance-chômage : trouver un accord global, une gageure | Le Figaro | 24/10/2018

>> Assurance-chômage: la réforme s'annonce ardue | Le Figaro | 24/10/2018




Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir