Formation des chômeurs : un trou d'air qui pose question

Le nombre de chômeurs en formation a beaucoup baissé au premier semestre. Notamment parce que des sans-emploi privilégient la reprise d'un travail, même précaire.

Avec le soutien de l'Etat, les régions investissent plusieurs milliards chaque année pour former les chômeurs. Las, les intéressés ne se bousculent pas au portillon, si l'on en juge par les tableaux de bord des politiques de l'emploi du ministère du Travail. En janvier, les entrées en stage ont baissé de 32 % par rapport au même mois de 2017. De 24,4 % en février. Ou encore de près de 30 % en mai, en attendant de connaître l'évolution de juin qui sera publiée sous peu. D'autres statistiques du ministère font état de baisses importantes, mais sur des périmètres et avec une méthodologie différente.

Un constat décourageant

« Les chiffres sont plutôt préoccupants et concernent quasiment toutes les régions », confirme aux « Echos » David Margueritte, le président de la commission emploi, formation professionnelle et apprentissage de l'association Régions de France. Ils interpellent d'autant plus que jamais un gouvernement n'a autant mis l'accent sur la montée en qualification pour lutter contre le chômage de masse. C'est tout l'enjeu du grand plan compétences, le PIC, doté de 15 milliards promis par Emmanuel Macron et qui doit démarrer début 2019.

Ce constat, décourageant, tient en partie à un effet de périmètre, tempère Jean-Marie Marx, le haut-commissaire aux compétences et à l'inclusion par l'emploi et à ce titre, en charge de la mise en place du PIC. En l'espèce, 2017 a été une année « riche » avec la continuité du plan « 500.000 » formations supplémentaires lancé un an plus tôt par François Hollande.

Un effet de rattrapage

Pour éviter un trou d'air avant le vrai démarrage du PIC, le ministère a budgété cette année 670 millions d'euros pour financer 150.000 formations en plus de celles que les régions ont prévu de commander de leur poche. A ceci près que la signature des conventions Etat-Régions a demandé quelques mois : leur application, qui déclenche les crédits, n'a démarré qu'en fin de semestre.

En clair, il y aura un effet de rattrapage en seconde partie de l'année. Les moyens seront donc peu ou prou identique entre 2017 et 2018. Encore faut-il que les intéressés en profitent.

Au sein du Haut-commissariat aux compétences, où l'on surveille le sujet comme le lait sur le feu, on n'en doute pas. « Globalement, le nombre d'entrées en formation de chômeurs sera identique cette année, quel que soit le prescripteur », assure Jean-Marie Marx, en se basant sur le listing hebdomadaire tenu par Pôle emploi. David Margueritte, lui, émet un bémol. « Ce qui est certain, constate-t-il, c'est qu'on a du mal à remplir, en particulier pour des formations « socles » (pour les personnes très éloignées du marché du travail, NDLR) ».

Paradoxalement, si les chômeurs boudent les formations, ce serait parce qu'ils profitent de la bonne santé du marché de l'emploi. C'est le cas notamment dans le bâtiment : entre une mission d'intérim et un stage sans perspective d'embauche, même s'il y a une montée en compétences à la clef, l'arbitrage est vite fait quand il faut subvenir à ses besoins. Assurés de trouver mieux, les chômeurs peuvent aussi délaisser des formations pour des métiers qui souffrent d'une mauvaise image même en pénurie. Le nombre d'inscrits aux concours d'aide soignant a chuté de 30 % par exemple, toujours selon David Margueritte.


ALAIN RUELLO





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