Faut-il s'attaquer à l'indemnisation chômage des cadres ?



Édouard Philippe, le Premier ministre, l’a affirmé lui-même, invité de l’Émission politique sur France 2, ce jeudi 27 septembre : la dégressivité des allocations chômage - c’est-à-dire, leur diminution au bout d’un certain laps de temps passé à Pôle emploi - peut être “dans certains cas (…) envisagée”. Il cible plus particulièrement les chômeurs ayant “une très forte employabilité (…), qui ont des salaires très élevés“, autrement dit les cadres. Mais cette solution hérisse les poils des syndicats. Alors faut-il instaurer une dégressivité de l’indemnisation chômage des cadres ? À vous de juger.


1. Ils ne sont que peu touchés par le chômage

C’est l’argument du gouvernement, que l’on retrouve notamment dans la lettre de cadrage envoyée aux partenaires sociaux pour guider leurs futures négociations autour de l’assurance chômage. Sans citer directement les cadres, le document indique que “des règles identiques pour tous les demandeurs d’emploi, sous l’apparence de l’égalité, ne tiennent pas compte des différences de capacité à retrouver un emploi”. Ce qui n’est pas sans rappeler les propos du député LREM Aurélien Taché qui, lorsqu’il défendait cet été une dégressivité pour les cadres, la justifiait en expliquant que “pour les cadres ayant de hauts revenus”, “il n’y a quasiment pas de chômage”. En effet, d’après les données de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), le taux de chômage des cadres devrait s’établir cette année à 3,5%, soit près de trois fois moins que celui de l’ensemble de la population active, qui atteignait 9,1% au deuxième trimestre 2018, d’après les dernières données de l’Insee.

2. Il faut faire des économies

L’objectif affiché par le gouvernement avec l’ouverture de négociations sur l’assurance chômage est clair : réaliser des économies de 3 à 3,9 milliards d’euros sur trois ans. Pourquoi ? Parce que la dette de l’Unédic, qui gère l’assurance chômage en coopération avec Pôle emploi, s’élève aujourd’hui à près de 35 milliards d’euros. Il faut donc bien trouver des moyens de la réduire. Justement, pour l’économiste Olivier Bouba Olga, mettre en place une mesure de dégressivité, si elle est “bien calibrée”, permettrait de “réduire les comportements opportunistes” de cadres au chômage qui attendent le dernier moment pour chercher un travail comme ils savent qu’ils n’auront pas de mal à s’en trouver, et de “se doter de moyens financiers supplémentaires pour former les personnes les moins qualifiées”.


1.Cela met à mal le principe d’égalité de l’indemnisation

La lettre de cadrage envoyée aux partenaires sociaux est on ne peut plus claire : “des règles identiques pour tous les demandeurs d’emploi, sous l’apparence de l’égalité, ne tiennent pas compte des différences de capacité à retrouver un emploi”. En résumé, le gouvernement assume le fait de toucher au principe d’égalité, jusque-là indissociable de l’assurance chômage, puisque la dégressivité ne s’appliquerait qu’à une partie des allocataires. “Les cadres touchent plus parce qu’ils cotisent plus. Si on touche à leurs indemnités, ils seraient fondés à dire qu’on les fait payer pour rien”, estime Henri Sterdyniak, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et membre du think tank des Économistes atterrés, interrogé par Le Monde. Et de rappeler aussi que les cadres apportent beaucoup à l’assurance chômage alors qu’ils ne sont que très peu au chômage : d’après la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (Ifrap), ils apporteraient 30% du total des cotisations à l’assurance chômage, et ne toucheraient que 18% du total des allocations.

2.Les cadres ne sont pas épargnés par le chômage de longue durée

Ce n’est pas parce que les salariés les plus qualifiés sont aussi ceux qui connaissent le moins le chômage, qu’ils ne s’y retrouvent jamais, et seulement pour des courtes durées, loin de là. “Parmi les cadres qui se sont inscrits sur les listes de demandeurs d’emploi au premier trimestre 2010, 36% ont cumulé au moins 12 mois sur les listes au cours des deux ans qui ont suivi leur inscription”, cite par exemple l’étude “trajectoires de cadres au chômage”, publiée par Pôle emploi en juin 2017 et qui fait référence sur le sujet. On y apprend aussi que “les réinsertions difficiles concernent trois cadres demandeurs d’emploi de longue durée sur dix”, quand ce n’est pas une transition longue vers la retraite pour les cadres seniors. Par ailleurs, la situation s’est plutôt dégradée ces dernières années : entre 2008 et 2014, le chômage de longue durée des cadres a plus que doublé, toujours selon l’étude de Pôle emploi.

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SAMUEL CHALOM



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