Contre le chômage, il suffit de «traverser la rue»

Cette manie de faire la leçon à tout le monde… Aux «fainéants», à un gamin trop familier, au Sénat, aux ouvriers licenciés coupables de ne pas se faire embaucher à une heure de route de chez eux, aux «Gaulois réfractaires au changement», aux journalistes trop critiques, aux bénéficiaires de la protection sociale qui font dépenser «un pognon de dingue», etc. Et maintenant à un chômeur se plaignant de sa situation - faudrait-il qu’il exulte ? - alors que pour trouver un emploi, «il suffit de traverser la rue». Faire la leçon à tout le monde… Pas tout à fait, d’ailleurs. On n’a pas entendu le Président morigéner les PDG qui touchent des millions d’indemnités de départ alors que leurs résultats sont mauvais, les banquiers qui spéculent sur un volcan, les ex-assujettis de l’ISF qui n’investissent pas assez vite, etc. Il est vrai que ce sont des «premiers de cordée»… Respect.

Le chômeur plaintif venu visiter samedi l’Elysée lors des Journées du patrimoine méritait-il l’admonestation ? Peu probable. L’homme, plutôt bonne pâte, a expliqué qu’il avait suivi une formation d’horticulteur, qu’il s’était inscrit à Pôle Emploi, qu’il a envoyé maints CV et lettres de motivation, le tout sans résultat. Pourtant la solution est simple : se faire embaucher dans un restaurant à Montparnasse. «Mais est-ce que ce que le président de la République dit est faux ? rétorque Christophe Castaner. Est-ce que si vous allez dans le quartier de Montparnasse, vous n’allez pas trouver aussi des besoins d’emplois ?» Certes. Mais avant de réprimander l’horticulteur, il faudrait essayer de se mettre cinq minutes à sa place. Il souhaite travailler dans les jardins - chose utile -, ne peut-il attendre un peu avant d’aller faire la plonge à Montparnasse ? Et s’il est mal orienté, est-ce de sa faute ? Pôle Emploi n’y est donc pour rien ? Vision purement technocratique selon laquelle s’il y a des emplois vacants, il suffit d’y coller les chômeurs, quelle que soit leur formation, quelle que soit leur situation, quel que soit leur projet de vie. Un peu court, tout de même. Sinon pour faire passer un message, insistant, répété, obsessionnel : les chômeurs sont responsables de leur sort. Si la cordée avance trop lentement, c’est la faute des traînards qui regardent le paysage au lieu de marcher. Responsabiliser les Français ? Cela se conçoit. Mais les culpabiliser sur le ton de Marie-Antoinette : c’est ce qui plombe cette présidence.

Laurent Joffrin Directeur de la publication de «Libération»



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>> «Je traverse la rue, je vous en trouve» : la leçon de Macron à un chômeur fait bondir la gauche | Le Parisien | 16/09/2018







Commentaires   

 
0 #2 BAlt 17-09-2018 11:04
Un changement de filière pour trouver du travail plus vite? Voici donc la solution que semble préconiser Macron.
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0 #1 BA 17-09-2018 10:48
« mépris de classe insupportable »
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