Pourquoi le chômage résiste

Depuis plusieurs mois, l’inversion de la courbe du chômage marque le pas. Le nombre de demandeurs d’emploi a même légèrement augmenté au deuxième trimestre. Explications.

Voilà une nouvelle, tombée au milieu de l’été, dont Emmanuel Macron se serait bien passé. Malgré les réformes qui s’enchaînent, la baisse du chômage, elle, marque le pas. Selon les données publiées fin juillet par le ministère du Travail, le nombre de demandeurs inscrits à Pôle emploi a même augmenté légèrement, de l’ordre de + 0,2 %, entre avril et juin, se fixant à 9,4 %.

Certes, sur un an, la tendance est à la baisse (de -1 %). Mais la nouvelle a de quoi décevoir alors que les perspectives d’embauche sont au plus haut depuis le début de l’année. C’est un fait : sur le front du chômage, l’« effet Macron » tarde à porter ses fruits. La promesse de campagne du président d’atteindre un taux de chômage à 7 % à la fin du quinquennat, est encore loin d’être atteint.

Il n’y a donc pas que l’affaire Benalla qui mine l’exécutif ces dernières semaines, il y a aussi cette fameuse courbe, qui peine à s’inverser, ou qui le fait trop lentement. Certains chiffres, même, sont préoccupants. Comme la hausse (+ 1,9 % en trois mois) du nombre de jeunes sans aucune activité à la recherche d’un poste, l’augmentation constante des demandeurs d’emploi qui exercent une activité occasionnelle ou à temps partiel (+ 5,9 % depuis un an) ou encore la horde, toujours croissante, des chômeurs de longue durée. Malgré quelques bonnes expériences menées dans l’Hexagone, le nombre des inscrits en catégorie A, B, ou C depuis plus d’un an, – les chômeurs de longue durée donc — est en hausse de 1,6 % sur le trimestre, et de 7,2 % sur l’année.

Paradoxalement, les PME ont du mal à recruter

Comment, alors, expliquer ce chômage de masse qui s’ancre dans notre pays ? Les raisons sont multiples. « Il y a d’abord un facteur démographique, décrypte l’économiste de l’OFCE Eric Heyer. Face au nombre de jeunes qui arrivent sur le marché, notre économie n’est pas assez créatrice d’emploi », selon l’économiste qui met aussi en cause « la fin récente de certaines politiques économiques de lutte contre le chômage » comme les emplois aidés qui bénéficiaient aux jeunes ou la fin de la prime à l’embauche.

Autre motif, selon lui, qui vient éclairer ce chômage qui résiste : les « effets flexions », ces personnes éloignées de l’emploi, qui, en temps de reprise, se réinscrivent en masse à Pôle emploi, faisant alors gonfler les chiffres du chômage. Il y a aussi un problème bien français, à savoir la formation. Trop de chômeurs n’ont pas le profil pour occuper les postes à pourvoir. Raison pour laquelle les PME n’ont jamais eu, paradoxalement, autant de mal à recruter.

Et puis, comme le martèle la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, « les réformes structurelles ont besoin de 18 mois, deux ans, trois ans » pour donner « leur plein effet. » Certes. Mais pour que ces réformes soient efficaces dans les mois qui viennent, encore faut-il qu’elles accompagnent une activité économique soutenue. Or, les perspectives s’assombrissent. La croissance sera moins forte que ce qu’avait espéré le gouvernement.

Les prévisions publiées hier par la Banque de France (+ 0,4 %de croissance de juillet à fin septembre) sont de mauvais augure. L’objectif initial du gouvernement d’atteindre la barre des 2% sur l’année s’éloigne de plus en plus. Signe de l’inquiétude de l’éxécutif, la loi Pacte - pour la croissance et l’avenir des entreprises — qui doit booster notre économie, devrait être débattue plus tôt que prévu, dès le 12 septembre dans l’hémicycle.

Une rentrée sociale chargée

Si le Parlement a fini par adopter après de longues discussions, le 1er août, la loi Pénicaud réformant en profondeur la formation professionnelle et l’apprentissage, un autre sujet brûlant - initialement prévu dans la loi - devrait très vite s’inviter dans le débat : celui de la révision des règles de l’assurance-chômage. Ce sujet devrait être évoqué lors de rencontres avec les partenaires sociaux à Matignon et au ministère du Travail dès le 28 août.

Avec, dans le viseur, la question du traitement des chômeurs longue durée et la création d’une nouvelle allocation qui leur serait destinée. Selon nos informations, le calendrier devrait être serré car le gouvernement a donné des délais très courts au patronat et aux syndicats. Le nouveau round de négociations devrait être bouclé d’ici fin octobre ou début novembre. Autres dossiers qui devraient très vite revenir sur le devant de la scène : l’annonce du plan pauvreté, initialement prévu le 10 juillet et qui devrait finalement être dévoilé mi-septembre.


Bérangère Lepetit



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