Chômage et formation, comment la France fait fausse route

La Cour des comptes vient de publier un rapport dénonçant la médiocrité des résultats obtenus par le Plan 500 000 chômeurs en formation. Plus que jamais, la formation, pour être utile, ne doit pas se transformer en annexe de l'école.

La formation n'est pas cette potion magique anti-chômage que certains ont cru redécouvrir en 2014

Le préambule du rapport de la Cour des comptes décrit bien l'extrême difficulté de la situation sociale de 5 millions de personnes déqualifiées aujourd'hui en France. " La crise de 2008 a eu pour effet une augmentation massive et durable du chômage, qui a durement touché la population active la moins qualifiée".

Dès 2008, pour ceux qui fréquentaient les grandes et moyennes entreprises, une évidence s'est rapidement imposée :
notre - fragile - tissu économique, notamment industriel, s'est affaissé lentement et sûrement (de 2001 à 2016, l'industrie est passée de 22 % du PIB à 11 %).

Les premières victimes de la crise furent les ouvriers

Les services qui se sont partiellement substitués à l'industrie (les services à la personne pour les particuliers ou encore des externalisations en entreprises) ont transformé l'emploi en France, et ils ont laissé sur le carreau toute une population salariée ouvrière, masculine et souvent vieillissante.

Les ambiguïtés du "modèle social" français

Si notre modèle social a semblé jouer à plein depuis 2008, il a eu un autre effet, négatif celui-là : empêcher la prise de conscience et la compréhension de la nature réelle de la crise de 2008, une crise bien plus systémique et structurelle que les précédentes (telles celles que nous avions connues depuis les crises de l'énergie des années 70).

La crise et ses effets retardant en France

Si dans les pays anglo-saxons (mais aussi en Asie), la crise se traduisit immédiatement par des fermetures (provisoires souvent) d'entreprises, en France la crise n'eut que peu d'effets immédiats sur les personnes (si ce n'est agrandir les déficits sociaux et creuser notre endettement de 400 milliards d'euros).

Plutôt que se reconfigurer pour entrer dans le XXIe siècle, notre pays s'est réfugié dans l'attente de la reprise ou la nostalgie des 30 glorieuses

Dans très peu d'entreprises, on décida d'augmenter l'effort formation, bien au contraire, la plupart des budgets formation furent gelés, les projets de développement RH remis aux calendes grecques. Aucun changement de paradigme dans l'éducation ne fut non plus entrepris (on persista dans le développement d'une école sanctuaire, éloignée autant que possible du monde du travail et des entreprises).

La fusion de l'ANPE et de l'UNEDIC obéra elle aussi fortement la formation des chômeurs

Pôle emploi, tout occupé par la fusion de l'ANPE et de l'UNEDIC et l'accueil et l'indemnisation d'urgence des chômeurs, fut incapable de dégager de nouvelles forces pour accompagner et surtout former cette nouvelle population de chômeurs (1 million peut-être d'ouvriers, seniors et faiblement qualifiés).

Les ouvriers seniors et le stockage des problèmes de compétences dans des comptes et régimes sociaux

Les premières victimes de la crise furent donc les salariés ouvriers, ces hommes non ou peu qualifiés notamment (ouvriers des abattoirs, des secteurs industriels déclinants...). La crise a eu comme effet non pas de faire changer la France et ses modèles éducatifs et sociaux, mais de stocker les problèmes de compétences soit dans les régimes sociaux (chômage, maladie, retraite) soit encore dans cette invention de compteurs sociaux de type CPF, CPA qui sont censés sécuriser les salariés et les emplois.

"[La population active la moins qualifiée] a éprouvé de plus en plus de difficulté à retrouver un emploi après une période de chômage, non seulement du fait d'une concurrence accrue entre candidats aux offres d'emploi, mais également en raison de la perte d'employabilité et de compétences due à l'éloignement du marché du travail... Cette difficulté s'est trouvée aggravée par l'accélération de l'évolution des métiers, notamment sous l'effet des transitions numériques et écologiques".

La France ne parvient pas à faire le deuil de sa main-d'oeuvre traditionnelle

La Cour des comptes nous apprend que les dépenses totales de formation des chômeurs s'élèvent à moins de 6 milliards d'euros par an (contre 75 milliards de dépenses pour l'éducation nationale et encore 120 milliards dépensés en "politique de l'emploi").

Ces politiques de l'emploi sont un gâchis considérable

Subventionner l'immobilisme social nous faire perdre un temps précieux tout en détériorant notre capital humain.
- En finançant la diminution du temps de travail, nous diminuons d'autant le travail (qui n'est pas un gâteau à partager) et les temps d'apprentissage.
- En subventionnant le travail non qualifié, nous bloquons l'ascension sociale de millions de travailleurs : plutôt que de faire monter en compétences la population active (notamment en refondant l'éducation nationale), nous préférons perpétuer le travail non qualifié et multiplier les petits boulots sans formation ni apprentissage (ces emplois que désormais les Pouvoirs publics dénoncent après les avoir encouragés depuis 30 ans).
- En reportant dans des régimes sociaux en forme de voitures-balais les problèmes jamais résolus d'éducation insuffisante des adultes (1/4 des adultes de 16 à 65 ans ont un niveau insuffisant pour développer un travail de qualité selon l'OCDE).

Un inédit traitement économique du chômage peut être entrepris en France

Pour former 5 millions de chômeurs, il faut d'autres outils et méthodes que les instruments éculés et dépassés des années quatre-vingt (le traitement social du chômage avec la prolongation sans fin des études, l'organisation de stages parking pour les chômeurs et les retraites anticipées pour les seniors dès 55 ans). Désormais (on le voit avec la promotion - tardive - de l'apprentissage), c'est le travail qui éclaire et favorise la formation.

La disruption entraînera le déclin du salariat

Plutôt que de subventionner sans fin et à perte l'emploi salarié (notamment peu qualifié), notre pays doit prendre à bras le corps la transformation sociale qui pointe avec un salariat déclinant (le salariat était lié à la société industrielle des XIXe et surtout XXe siècles) et la transformation du travail (un travail désormais indépendant, numérisé, mondialisé et collaboratif).

Un travail plutôt qu'un emploi : le mieux est l'ennemi du bien

Pour favoriser non pas l'emploi (sous-entendu salarié), mais le travail, il faut donc donner autant de droits et de chances aux non-salariés qu'autres actifs avec:
- une baisse drastique des charges sociales et des formalités administratives (sur le modèle de l'autoentreprise simplifiée et ouvert à tous, y compris aux fonctionnaires)
- une véritable promotion de l'entreprise et de l'entrepreneuriat en sortant des modèles compassés de la Start-Up ou de la levée fond liée à des études de marché ou à un business model
- un prise en compte des revenus des indépendants sur la durée (5 années au minimum, comme en entreprise) et non pas annuelle (ou pire encore mois par mois avec le prélèvement à la source)
- Des droits sociaux et économiques identiques pour tous les travailleurs (salariés, non-salariés, chômeurs). Il est aberrant qu'un Smicard puisse facilement obtenir un crédit ou un logement qui lui sera refusé s'il est travailleur indépendant.

Le PIC sera un nouvel échec s'il ne change pas nos modèles éducatifs et sociaux

Le programme du Plan d'investissement dans les Compétences (PIC) d'Emmanuel Macron a toutes les chances de terminer comme ses prédécesseurs (de l'argent public gaspillé sans retour ou accès à l'emploi) s'il emprunte les mêmes voies de garage :
- ne pas impliquer et repositionner notre système éducation nationale
- ne pas favoriser le travail indépendant (le travail et la formation sont formateurs pour les adultes pas la formation seule)
- ne pas suffisamment miser sur l'alternance (les formations conventionnées de pôle emploi ne donnent aucun résultat)
- oublier ce concept universel (mais négligé en France) de la formation tout au long de la vie.

La conclusion du rapport de la Cour des comptes sur le chômage et la formation est suffisamment claire

" ... conclure sur la nécessité de développer, dans le cadre même de la formation des salariés, une véritable stratégie de prévention du chômage : c'est non seulement en formant les demandeurs d'emploi, mais en développant auprès des actifs en emploi les aptitudes de maîtrise des compétences de base, de polyvalence et d'adaptabilité que la formation tout au long de la vie pourra remplir pleinement sa mission de sécurisation des parcours et de lutte contre le chômage de sécurisation des parcours et de lutte contre le chômage".

 

DIDIER COZIN

@Idedif



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