Chômage: pourquoi la France reste à la traîne de la zone euro

Le taux de chômage s'est établi à 8,4% en mai dans la zone euro selon les chiffres publiés par Eurostat ce lundi, soit le niveau le plus bas depuis décembre 2008. La France, qui fait partie des derniers de la zone, à 9,2%, est aussi le membre de l'UE dont le chômage décroît le plus lentement depuis le début de la reprise.

L'économie de la zone euro repart sur de bons rails, si l'on en croit les derniers chiffres du chômage publiés par Eurostat ce lundi. Avec un creux à 8,4% de la population active au mois de mai - soit le taux le plus bas depuis décembre 2008 -, nous nous rapprochons des chiffres de la période pré-crise, durant laquelle ce taux atteignait en moyenne 7,5%. Surtout, les temps douloureux de la crise de la dette dans l'Union, qui avait propulsé cette proportion à un désastreux 12,1% à la mi-2013, semblent être derrière nous.

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Comment expliquer cette amélioration sur le front de l'emploi? Plusieurs paramètres entrent en jeu. En premier lieu, la conjoncture internationale qui voit les pays du monde entier renouer avec la croissance, le commerce international rebondir et les échanges augmenter. La récession globale causée par la crise financière de 2008 semble avoir pris fin: l'OCDE annonçait il y a trois mois une croissance mondiale approchant les 4%, un pic depuis 2010.

Le rôle des politiques publiques

Outre ces facteurs exogènes, les politiques publiques mises en place par les gouvernements de la zone euro ont joué un rôle évident, avec plus ou moins de détermination et de succès, dans cette diminution lente mais continue du chômage dans la zone euro. Car ce chiffre de 8,4% cache des disparités régionales criantes, notamment entre les pays du nord, performants, et ceux du sud, qui pour certains ne parviennent pas à résorber un chômage structurel et ruineux aux plans économique et social.

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Les pays germaniques, notamment - Allemagne (3,4%) et Autriche (4,6%) -, font partie des plus performants en termes d'emploi. Les réformes du marché du travail allemand mises en place sous Schröder au début des années 2000, qui ont fortement flexibilisé le marché du travail, sont souvent citées en exemple. Le taux de chômage, qui n'a pas dépassé 7,6% au plus fort de la crise, est repassé aujourd'hui sous la barre des 4%. Il faut aussi souligner l'effort considérable de l'Irlande, qui après avoir subi de plein fouet la crise (15,5% de chômage en 2012), a consenti des baisses de dépenses et un assouplissement du droit du travail, en plus d'une réforme du système d'accompagnement des chômeurs et de la formation. Le pays a aujourd'hui renoué avec une excellente forme économique, avec un taux de chômage en mai atteignant 5,3%.

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Les États du sud forment la queue du peloton. La Grèce, l'Italie et l'Espagne subissent toutes trois des niveaux de chômage qui les minent. Il ne faut cependant pas négliger les sacrifices auxquels ces pays ont consenti, en particulier en ce qui concerne les Espagnols et les Grecs (ainsi que les Portugais, qui témoignent d'une des réussites les plus impressionnantes), qui en échange des plans d'aide consentis par le FMI et l'UE ont adopté des réformes de leur Code du travail douloureuses. Nombre d'entre eux ont retrouvé du travail: comme le fait remarquer Eurostat, dans la zone euro «les baisses les plus marquées ont été observées en Grèce (de 22,1% à 20,1% entre mars 2017 et mars 2018) et au Portugal (de 9,2% à 7,3%).

La France, un ovni immobile

Vient le cas de la France. Si notre pays a été plutôt épargné par le chômage de masse qui a touché l'Occident après 2008 (passant alors de 7,4% à 10,4% au plus fort de la crise de la dette en 2015), il n'a pas non plus réussi à le résorber. L'Hexagone, qui connaissait déjà avant la crise un des taux les plus élevés d'Europe, n'a depuis pas pris beaucoup de mesures pour le résorber. Et il est le membre de l'UE dont le chômage décroît le plus lentement depuis le début de la reprise (une diminution de seulement 9% entre 2015 et 2017), égalé seulement en proportion par des pays comme le Danemark, qui connaissaient déjà le quasi-plein emploi.

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Charles Daisay



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