Les idées chocs d’un patron contre le chômage

Président de l’association d’entrepreneurs CroissancePlus, Jean-Baptiste Danet livre, sans langue de bois, ses propositions contre le chômage.

Le projet de loi réformant la formation professionnelle, l’apprentissage et l’assurance-chômage est débattu à partir du 29 mai en commission à l’Assemblée nationale. À cette occasion, le président de l’association d’entrepreneurs CroissancePlus, qui regroupe 350 chefs d’entreprise de toutes tailles et de tous secteurs employant au total 130 000 emplois, nous présente ses idées pour faire baisser le chômage de masse.

Malgré le retour de la croissance, le chômage ne baisse pas. Pourquoi ?

JEAN-BAPTISTE DANET. Depuis un an, l’économie française a bénéficié du rebond mondial, de coûts des matières premières et des taux d’intérêt assez bas. La baisse des charges sur le coût du travail a aussi permis de restaurer les marges des entreprises. Enfin, l’exécutif a pris des mesures courageuses comme les ordonnances Travail, la suppression de l’ISF, la flat tax et lancé la réforme, essentielle à nos yeux, de la formation professionnelle. Mais le chômage structurel qui frappe les jeunes, les seniors et des régions entières ne baisse pas. C’est très préoccupant. Il faut donc aller plus loin.

Comment s’attaquer à ce chômage structurel ?

La mobilité est la clé du retour à l’emploi. Dans les régions où il n’y a pas de travail, il faut inciter très fortement les chômeurs à déménager pour aller là où se trouve l’emploi. Pour cela, nous proposons trois mesures simples : que les chômeurs soient prioritaires sur les listes de passage du permis de conduire et bénéficient, comme les apprentis, d’une aide de 500 euros. Ensuite, si un chômeur reprend un emploi qui l’oblige à déménager avec sa famille, il touchera ce qui lui reste des 24 mois d’allocation-chômage pour l’aider, par exemple, à acheter une voiture. Enfin, ses droits à 24 mois d’indemnisation doivent servir à compenser la perte de salaire s’il accepte un boulot moins bien payé. Les allocations-chômage ne doivent plus être une subvention au non-emploi, mais une aide au retour à l’emploi.

Qui dit déménagement dit logement, or se loger est souvent hors de prix…

Voilà pourquoi nous proposons que le 1 % logement soit accordé en priorité aux chômeurs afin de leur permettre soit de louer un appartement, soit d’accéder à un prêt. Toutes ces mesures d’aide constitueraient un bon équilibre avec l’interdiction faite aux chômeurs de ne pas refuser plus de deux offres cohérentes avec leur cursus. Additionnées à la réforme de la formation professionnelle, elles pourraient permettre de faire baisser le chômage d’ici deux ou trois ans.

Vous évoquez le chômage des jeunes, mais les seniors sont, eux aussi, frappés de plein fouet…

Pour faciliter leur retour à l’emploi, pourquoi ne pas exonérer complètement de charges patronales les entreprises qui recrutent un chômeur de plus de 60 ans ?

Vous proposez aussi une allocation-chômage dégressive. Pourquoi ?

Nous ne proposons pas de baisser les indemnités mais d’en ramener la durée à taux plein à 12 mois et qu’elles soient dégressives les 12 mois suivants sauf pour les chômeurs qui accepteront de bouger pour retrouver un emploi. Dans ce cas, les 24 mois d’indemnisation resteraient un droit acquis. Sinon, il n’y a aucune raison de continuer à verser 24 mois. Notre système de protection sociale est généreux, parfait, mais il doit être plus vertueux afin que travailler soit toujours plus intéressant que de ne pas travailler. Or, actuellement, une personne avec trois enfants qui gagnent entre 1800 et 2000 euros par mois et se retrouve au chômage peut avoir intérêt avec les aides à multiplier les CDD et ne pas retourner à l’emploi. Cela maintient structurellement des gens hors du circuit de l’emploi.

Sur l’apprentissage et la formation professionnelle, la réforme de Muriel Pénicaud vous satisfait-elle ?

À CroissancePlus, nous allons nous engager à fond en faveur de l’apprentissage mais il y a un point dur dans la réforme. Nous souhaitons que les apprentis soient rémunérés non en fonction de l’âge mais de leur formation. Sinon, au même prix, l’entreprise aura toujours intérêt à prendre l’apprenti le plus qualifié. Or, ce sont justement les moins bien formés qu’il faut aider le plus.

Pour défendre l’emploi local, vous prônez des mesures protectionnistes. N’est-ce pas contraire aux règles européennes ?

Pour revitaliser l’emploi en région, pourquoi n’avons-nous pas un « Smal Business Act » à la française qui réserve l’accès à la commande publique – 80 milliards d’euros par an ! - aux PME locales ? Jusqu’à 100 000 ou 200 000 euros, elles auraient quatre ou six semaines pour répondre. Et au-delà de 500 000 euros d’appel d’offres, l’administration devrait obliger les grands groupes à répondre en compagnie de PME locales. L’Allemagne le fait, ce n’est donc pas un problème de réglementation européenne. Nous avons écrit à Bercy et il n’est pas impossible que dans la loi Pacte nous ayons de bonnes surprises sur ce point et sur la réforme des taxes régionales qui pèsent sur la production et la compétitivité des entreprises locales.

Propos recueillis par Marc Lomazzi



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