Chômage : ces éléments qui expliquent vraiment son retour à la hausse (et bizarrement, c’est parce que ça va mieux)

Selon les chiffres publiés par la DARES, ce 28 mai, concernant le mois d’avril 2018, le nombre de chômeurs en catégorie A s’est accru de 12 400 personnes. A l’inverse, le nombre de chômeurs toutes catégories confondues a pour sa part diminuer de 7 800 personnes.
Faut-il interpréter ces résultats comme une hausse du chômage conséquence d’une plus grande activité du marché de l’emploi, qui a tendance à faire entrer dans les statistiques des personnes qui s’en étaient exclus ?

Michel Ruimy : Juste avant de répondre à la question je tiens à rappeler qu’en France, il existe 2 sources statistiques principales pour le chômage. La première est celle du ministère du Travail (DARES) qui se fonde directement sur les fichiers de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi. Elle dépend donc de critères administratifs. La seconde est celle de l’INSEE dont les données sont obtenues grâce à un sondage réalisé tous les 3 mois auprès d’un échantillon d’environ 110 000 personnes. Cette seconde méthode a l’avantage de permettre les comparaisons internationales car elle s’appuie sur une définition du chômage reconnue partout, celle du Bureau international du travail.

Par ailleurs, les évolutions mensuelles du chômage que vous mentionnez sont à prendre avec précaution du fait de leur grande volatilité sans lien avec les évolutions du marché du travail. Les chiffres peuvent, en effet, être affectés par des « aléas administratifs » comme des demandeurs d’emploi désinscrits pour avoir oublié d’actualiser leur situation auprès de Pôle emploi et qui se réinscrivent le mois suivant ou des bugs dans l’envoi de SMS de relance aux demandeurs d’emploi pour les inviter à actualiser leur dossier... Pour ces raisons notamment, les évolutions mensuelles sont difficiles à interpréter et ne sont pas significatives d’une tendance profonde. C’est pourquoi, il est plus pertinent de prendre en considération des fluctuations trimestrielles. Et pourtant !

Si l’année 2018 a commencé sur une note encourageante selon la DARES, les chiffres du premier trimestre de Pôle emploi indiquant une baisse moyenne du nombre de chômeurs de catégorie A de plus de 30 000 personnes, l’INSEE enregistrait, dans le même temps, une hausse de plus de 80 000 emplois. On voit bien là, la fragilité des chiffres et la complexité du phénomène. En effet, cet écart n’est pas nouveau. Depuis des années, les statistiques de l’INSEE et de Pôle Emploi divergent considérablement, tant sur le nombre de chômeurs que sur l’évolution de la courbe. Tout ceci parce que chaque organisme a sa définition du chômeur : un chômeur, au sens de l’INSEE, n’est donc pas nécessairement inscrit à Pôle emploi et vice-versa. La mesure de la réalité est donc bien difficile.

Pour revenir à la question, de multiples raisons peuvent expliquer cette légère hausse. Il peut s’agir de personnes qui exercent une activité à temps partiel ou en contrats courts tout en restant inscrits à Pôle emploi car elles cherchent un meilleur emploi ou un emploi plus durable – par exemple, quand vous travaillez de manière épisodique dans la restauration, vous n’allez pas vous désinscrire de Pôle emploi - voire des jeunes qui s’inscrivent à Pôle emploi pour bénéficier de certaines mesures alors que, traditionnellement, ils n’y trouvent pas forcément d’intérêt. Cela peut être la fin de contrats à durée déterminée puisque notamment près d’1 Français de moins de 25 ans sur 3 qui occupe un emploi salarié, est employé en CDD, etc.

Si ce retour à la recherche d’un emploi peut être vu comme la conséquence d’un climat économique présenté comme plus attractif, avec un retour de la croissance constaté en 2017, n’y a-t-il pas cependant un enjeu d’employabilité pour ces personnes ? Quels sont ces enjeux et les risques qui peuvent en découler ?

Selon une enquête de Pôle emploi publiée fin 2017, il y aurait entre 200 et 330 000 offres d’emplois non pourvues. Ce chiffre est en forte hausse depuis deux ans en raison notamment de la reprise économique. Si cette inadéquation vient souvent du poste, qui n’est pas assez attractif (mauvaise image, mal payé…), ce sont aussi, dans 70% des cas, des problèmes de compétences qui sont invoqués : technicité pointue, diplômes ou habilitations spécifiques, expérience préalable exigée… autant de prérequis qui peuvent décourager les postulants.

On touche du doigt ici un problème crucial : l’employabilité des chômeurs et la grande frustration des personnes souhaitant travailler mais qui n’y arrivent pas, situation qui risque de déboucher sur un creusement des inégalités entre les personnes talentueuses et les autres.

Pour inverser la tendance, la question de la formation est donc très importante car toutes les études le montrent : avoir un diplôme ou une qualification est le meilleur passeport pour l’emploi. Le gouvernement a promis d’engager 15 milliards d’euros sur la formation, entre 2018 et 2022, pour rehausser le niveau de compétences des personnes les plus éloignées de l’emploi. Les conséquences seront très concrètes : meilleure orientation des jeunes apprentis dès le lycée, accès simplifié à la formation en cours de carrière, extension de l’assurance-chômage aux indépendants et aux démissionnaires… Autant de mesures qui doivent contribuer à adapter les compétences des travailleurs aux évolutions du marché de l’emploi.

Mais ceci est insuffisant. Les employeurs doivent aussi réaliser des efforts pour rendre les postes offerts plus attractifs et ouvrir leurs recrutements à des profils / parcours plus hétéroclites, moins conventionnels… sans quoi ces dernières ne trouveront pas preneurs.

Quoi qu’il en soit, les effets des réformes engagées ne se feront pas sentir immédiatement mais plutôt l’an prochain. L’INSEE prévoit d’ailleurs un taux de chômage d’environ 9,5% relativement stable jusqu’à la fin de l’année.

Ces mêmes chiffres présentés par la DARES font ainsi état d’une nouvelle croissance du nombre de chômeurs de longue durée (+8 900 et +158 000 depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée). Quels sont les moyens par lesquels ces personnes pourront effectivement retrouver un emploi ? Quels sont les enjeux ici pour le gouvernement ?

Les chômeurs de longue durée représentent environ 40% du total des demandeurs d’emploi et cette proportion est en augmentation régulière depuis 2009. Le plus inquiétant est que le nombre de chômeurs de très longue durée - durée supérieure à 2 ans - a tendance à croître encore plus rapidement. C’est pourquoi cette hausse régulière pose la question de l’efficacité des mesures et politiques publiques menées par les gouvernements.

Pour autant, le chômage ne doit pas être une « fatalité ». Afin de ne pas être en marge du marché du travail, il convient d’être proactif et s’armer de courage, de patience et de persévérance. Il ne faut pas tout attendre de la Société. « Aide toi et le Ciel t’aidera » disait La Fontaine. Cette morale est d’autant plus vraie dans l’environnement économique actuel.

Les moyens pour retrouver un travail sont divers et variés. Cela peut passer notamment par son « réseau » car après plusieurs mois de chômage, on perd confiance en ses capacités personnelles et professionnelles. Il convient de parler de sa recherche d’emploi même à des inconnus (bouche à oreille, réseaux sociaux comme LinkedIn, forums et salons dédiés à la recherche d’un emploi, agences de placement…). Cela passe aussi notamment par des rencontres avec d’anciens collègues ou autres relations professionnelles voire demander de l’aide à une tierce personne (amis, famille…).

Pour les personnes handicapées, ceci consiste aussi à contacter des organismes spécialisés pour l’insertion de la diversité et des personnes en situation de handicap dans les entreprises (associations, cabinets de recrutement, Cap Emploi, Pôle Emploi…). L’idée est de faire des rencontres et d’éviter absolument de s’isoler d’autant que l’une des craintes des recruteurs face à un chômeur de longue durée est son isolement et sa perte de repères, de sorte qu’il cherchera à savoir comment un candidat aura occupé son temps libre pendant cette période d’inactivité.

Une autre possibilité est d’envisager sa reconversion. Une période de chômage peut être l’occasion de réfléchir à un nouveau projet professionnel voire un projet complémentaire à son parcours. Cela ne veut pas dire pour autant abandonner ses rêves et / ou ses ambitions. Faire un bilan de compétences peut ainsi permettre de découvrir ses points forts et des aptitudes auxquelles on n’avait pas pensé. Améliorer son anglais, participer à des conférences, s’engager bénévolement dans une association pour valoriser son savoir-faire et son savoir-être, se former à un nouveau logiciel… peut également permettre d’élargir ses compétences.

Le phénomène du chômage de longue durée n’est pas nouveau. Il tend même à s’accentuer ces dernières années. Sa résolution ou sa minimisation est donc cruciale dans la mesure où les personnes, notamment les jeunes, ont le sentiment de ne plus appartenir à la « communauté du travail », perdent un lien social et se sentent exclues de la Société. En outre, au plan financier, elles deviennent une lourde charge via les aides et allocations, autant de montants prélevés sur les actifs dont le nombre se réduit du fait du vieillissement de la population et ce, malgré un relatif dynamisme de la démographie. Cette situation n’est plus concevable à long terme en raison de la situation des finances publiques de la France


Michel Ruimy



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