Plan compétences : les missions locales veulent s'émanciper de Pôle emploi

Les missions locales veulent pouvoir conserver une certaine autonomie dans la prescription des formations pour les jeunes qu'elles suivent.

Le grand plan compétences d'Emmanuel Macron va-t-il buter sur des guerres de chapelles informatiques ? C'est ce que craignent les missions locales, acteur majeur de l'insertion des jeunes peu qualifiés et donc appelé à jouer un rôle important - aux côtés des régions et de Pôle emploi - dans ce plan de formation de 15 milliards d'euros . « Nous voulons être prescripteurs de manière autonome », revendique Serge Kroichvili, le délégué général de l'Union nationale des missions locales, l'UNML qui suspecte, à demi-mot, la « stratégie d'occupation du terrain » de l'opérateur national.

De par sa nature technique, le sujet paraît secondaire. A tort, car la réussite du volet numérique d'un grand projet conditionne souvent celle du projet lui-même. En l'occurrence, le plan Macron cible deux catégories de personnes éloignées du marché du travail : les chômeurs peu qualifiés et les jeunes décrocheurs. Encore faut-il que ces derniers puissent tous bénéficier du choc de formation promis au moment où celui-ci commence à se mettre en branle.

Un gros hic

Le schéma est le suivant : l'argent - financé par une contribution des entreprises et des crédits budgétaires - est alloué aux régions volontaires sous conditions, lesquelles peuvent s'appuyer sur Pôle emploi pour acheter une partie des formations. Quand c'est le cas, il faut en passer par l'informatique de l'opérateur public, et notamment son logiciel Kairos qui fait le lien avec les organismes de formation, lequel ne traite que des demandeurs d'emploi.

Le hic, souligne Serge Kroichvili, c'est que quatre jeunes sur dix qui frappent pour la première fois à la porte d'une des 442 missions locales chaque année - soit au bas mot près de 185.000 jeunes - n'ont jamais franchi celle de Pôle emploi. Et pour s'inscrire, il faut compter jusqu'à quatre semaines, poursuit-il.

Le problème se posait déjà lors du plan « 500.000 formations supplémentaires » de la fin du quinquennat Hollande. Avec cet effet paradoxal que ce plan censé diminuer le chômage a contribué en partie à l'augmenter puisque nombre de jeunes qui n'étaient pas inscrits ont été basculés dans la catégorie A, B ou C de Pôle emploi une fois leur formation terminée...

Souci de « cohérence »

Pôle emploi, par la voix de sa directrice en charge de la formation, Audrey Pérocheau, rappelle que le système Kairos en tant que tel n'est pas en cause car le Code du travail impose d'être dans les fichiers de l'opérateur pour avoir accès à une formation financée par l'opérateur. Mais pour les autres, « il y a bien un point à régler », avec l'objectif d'éviter « si possible » qu'ils s'inscrivent, reconnaît-elle, promettant une solution « d'ici à quelques semaines ».

En l'occurrence, la solution passerait par Ouiforme, un logiciel en cours de test dans la région Grand Est et promis à généralisation, une perspective qui n'enchante pas les missions locales. « La logique de Pôle emploi, c'est tout par Ouiforme. Sauf que nombre de jeunes n'ont pas accès au numérique », souligne leur délégué général. Autre crainte pointée du doigt, avec cet outil, l'organisme de formation pourra sélectionner les stagiaires parmi ceux qui sont intéressés, excluant de facto les moins qualifiés. « Nous voulons donc pouvoir inscrire un jeune en formation dans notre système d'information sans passer par celui de Pôle emploi », revendique l'UNML qui, dans un souci de « cohérence », veut pouvoir « suivre » le parcours de ses jeunes de manière autonome.

Pour complexifier le tableau, le ministère du Travail développe son propre logiciel pour le suivi des formations, baptisé « Agora ». A moins qu'Agora ne mette tout le monde d'accord puisque son but est, justement, de partager l'information entre tous les acteurs concernés, du stagiaire au formateur en passant par le financeur ou le conseiller.


Alain Ruello



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