"Qu'ils viennent me contrôler, j'ai la conscience tranquille": paroles de chômeurs

Le renforcement du contrôle des chômeurs, mis en avant par le gouvernement, est parfois vécu comme une entreprise de stigmatisation, là où il faudrait davantage de soutien, témoignent des demandeurs d'emploi interrogés par l'AFP.

"Je comprends qu'on doive rendre des comptes car il y a peut-être des abus mais je ne sais pas si c'est une solution", témoigne Nathalie, ancienne assistante commerciale de 53 ans, au chômage. "L'image de profiteur ne reflète pas la majorité des chômeurs", ajoute-t-elle.

Bientôt en fin de droits, Nathalie dit participer à de nombreux ateliers et formations mais n'a décroché que "trois ou quatre entretiens" en deux ans et demi. Elle regrette de ne pas être davantage suivie.

"Je vois mon conseiller à peu près deux fois par an et j'ai fait une demande de bilan de compétences qui n'a jamais aboutie. Ils doivent être débordés", explique-t-elle.

Moins que d'un contrôle accru de ses recherches, Nathalie s'inquiète d'un "nivellement par le bas des salaires", "déjà que les offres où je postule sont à peine supérieures au smic".


Pour Valentin Blacher, 27 ans, au chômage depuis 9 mois, les réformes ne sont "qu'une façon d'augmenter les radiations". Il a écopé d'un mois de sanction pour ne pas avoir assisté à un colloque sur les métiers de la police qu'il pensait optionnel.

"Je reçois souvent des invitations à des conférences facultatives. Là ce n'était même pas dans mon domaine de compétences puisque je postule dans la vente", se justifie le jeune homme.

Il décrit une routine faite "d'épluchage d'annonces, d'écriture de CV et lettres de motivation le matin" et d'"ennui" le reste de la journée.

"Socialement c'est sûr que ce n'est pas valorisant. Certains disent que je +profite du système+. Ma grand-mère raconte que je suis libraire car elle a honte", confie-t-il.

- Encadrement "sur mesure" -

C'est pour "garder du lien et ne pas être seule" que Véronique, sans emploi depuis un an et demi, a rejoint l'association "Force Femmes" qui soutient les femmes de plus de 45 ans au chômage.

"J'avais déjà été licenciée dans un plan social. A l'époque j'avais rebondi facilement car j'étais jeune. Maintenant j'ai 55 ans donc, même si les recruteurs ne le diront jamais, l'âge a un impact", affirme-t-elle.

Le renforcement des contrôles ? "Ça me fait doucement rire. Qu'ils viennent me contrôler j'ai la conscience tranquille. Moi ce que je voudrais d'abord c'est qu'on me propose des offres", argue-t-elle.

S'il "espère que ça ne durera pas trop longtemps", Jean-Marc, un ancien directeur commercial de 53 ans dit, lui, très bien vivre cette "période de transition". Jugé "assez autonome" par Pôle emploi pour mener seul ses recherches, Jean-Marc a toutefois bénéficié d'un coach privé financé par son ancien employeur pendant un an. Désormais il a une dizaine d'entretiens par semaine.

"Le plus important c'est de solliciter son réseau. Rester derrière son ordinateur et peaufiner son CV, ça ne marche pas ", affirme-t-il tout en reconnaissant que ses anciennes fonctions de cadre facilitent le réseautage.

"Je comprends le sentiment d'exclusion de certains. C'est pour ça que durcir le contrôle n'est pas une bonne chose mais accentuer le soutien, comme avec l'idée du gouvernement d'un journal de bord, et mieux cibler les personnes qui ont besoin d'aide serait préférable", ajoute-t-il. Le journal de bord que le gouvernement souhaite expérimenter en 2019 devra être renseigné chaque mois par le demandeur d'emploi sur ses démarches.

Fatou, 25 ans, sans emploi depuis 6 mois défend, elle, un "encadrement plus pertinent" des chômeurs, du "sur-mesure" comme elle en bénéficie en tant que "porteuse de projet".

"Bien accompagnée", la jeune femme a pu décliner plusieurs offres dans son domaine de formation pour se "consacrer au lancement de son entreprise".

"Même si ça a été difficile de convaincre ma famille de l'authenticité de mon projet, je vis bien cette période car c'est mon choix", raconte-t-elle. Elle s'inquiète toutefois d'une stigmatisation des chômeurs avec les réformes: "Rester sans rien faire, isolé, avec une allocation qui permet juste de survivre, c'est déprimant. Qui souhaiterait cela?"


L'Entreprise - AFP



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