Plus il y a de propriétaires, plus il y a de chômeurs selon l'Insee

Une hausse de dix points de la densité de propriétaires au niveau local augmenterait de 0,6 point le taux de chômage, selon l'Institut de la statistique. Explication d'un paradoxe.

Nicolas Sarkozy réclamait une «France de propriétaires»? Un plus grand nombre de détenteurs immobiliers augmenterait pourtant le taux de chômage, selon une étude que vient de publier l'Insee. Dans le même rapport, l'institut reconnaît cependant aussi que les propriétaires «sont moins souvent au chômage que les locataires». Dès lors, comment expliquer ce paradoxe?

Deux réalités s'affrontent: au niveau individuel, un emploi, en particulier stable, permet d'accéder plus facilement à la propriété. En effet, il est généralement plus simple d'obtenir un crédit auprès de sa banque avec un CDI en poche plutôt qu'avec un CDD ou tout autre contrat précaire. Autrement dit, les propriétaires étant individuellement moins exposés au risque de chômage, une densité de propriétaires élevée se traduit mécaniquement par un taux de chômage plus faible.

Mais l'Insee relève aussi que les propriétaires recherchent une certaine stabilité tant résidentielle - pour éviter d'avoir à payer plusieurs fois des droits de mutation (ou frais de notaire) ou des impôts sur les loyers perçus s'ils louent leur bien - que professionnelle. Ces dernières années, certains économistes ont démontré que cette stabilité pouvait être néfaste pour l'avenir professionnel des propriétaires. Moins mobiles que les locataires, les bailleurs privés mettraient plus de temps à retrouver un emploi.

Mais l'Insee affirme que la preuve du contraire a été faite. En revanche, cette stabilité peut avoir des conséquences néfastes pour la collectivité. L'explication est la suivante: la moindre mobilité des propriétaires réduirait la fluidité du parc de logement dans les zones où ils sont plus nombreux, affectant ainsi l'ensemble des chômeurs qui chercheraient à s'y établir pour un nouvel emploi. Dans ce cas, une densité de propriétaires trop élevée provoquerait des tensions sur les marchés du logement et du travail et donc une hausse du taux de chômage.

En s'appuyant sur des données de recensement de la population ces 50 dernières années, les experts de l'Insee ont constaté que le second effet l'emporte sur le premier. Si l'on prend le cas de la France, une hausse de 10 points de la densité de propriétaires au niveau local diminuerait le taux de chômage de 0,7 point environ (c'est le premier effet). Mais l'augmenterait d'environ 1,3 point en raison du second effet. Au total, l'impact sur le taux de chômage est négatif, à hauteur de 0,6 point. «Cet effet est deux fois moindre aux États-Unis», souligne l'Insee. Qu'en est-il aujourd'hui en France? Le taux de propriétaires a tendance à stagner depuis près de vingt ans quand le taux de chômage commence enfin à baisser.

Favorable à une plus grande fluidité du parc de logements, le gouvernement chercherait-il à faire de la France un pays de locataires? C'est l'avis de l'Union nationale de la propriété immobilière (UNPI) qui n'a de cesse de dénoncer régulièrement la politique fiscale d'Emmanuel Macron. Deux économistes du Centre d'analyse stratégique, qui avaient établi en 2010 une corrélation entre taux de chômage et taux de propriété, proposaient à l'époque quelques aménagements à l'idée de «France de propriétaires» voulue par Nicolas Sarkozy. Pour rendre le propriétaire plus mobile, ils préconisaient l'instauration de la déductibilité des loyers et l'allégement des droits de mutation. La deuxième solution reste plus que jamais d'actualité.





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