Chasse aux chômeurs

En France, la ministre du travail devrait présenter la semaine prochaine un projet de réforme de l'assurance-chômage, renforçant le contrôle des chômeurs. En Angleterre cela fait des années que ces méthodes sont mises en oeuvre.

En France, un projet de loi pour renforcer le contrôle des chômeurs

La ministre du travail, Muriel Pénicaud, devrait présenter la semaine prochaine en Conseil des ministres, un texte prévoyant la réforme de l’assurance chômage, mais aussi celle de l'apprentissage et de la formation professionnelle

Ce projet de loi prévoit de remettre à plat un système qualifié d’incohérent par le gouvernement, en engageant notamment un renforcement du contrôle des chômeurs. Un chômeur voit actuellement son allocation réduite de 20% pendant deux à six mois en cas de recherche insuffisante ou de refus de formation. Le gouvernement envisage de réduire ces indemnités de 50% puis de les supprimer totalement en cas de récidive.

Le motif cyclique du profiteur-oisif

En Angleterre aussi, les réformes se sont succédé depuis l’ère Thatcher, pour imposer un plus strict contrôle des chômeurs. Il y a d’ailleurs outre-manche, ce terme de “scrounger”. Hérité du XIXe siècle, il qualifie les profiteurs et les fraudeurs qui vivent aux crochets de la société.

Un motif sempiternel du faux misérable, du profiteur-oisif, qui revient de manière cyclique, comme en témoigne le chercheur Jean Marie Pillon. Celui-ci affirme qu’en période de développement économique on fait la chasse au travail au noir et qu’en période de crise on s’attaque aux prétendus tire-au-flanc, rappelant qu’on avait déjà vu surgir cette figure du chômeur-profiteur au cours années 70-80.

Les règles sont particulièrement sévères au royaume de Sa Majesté. Lorsqu’ils perdent leur emploi, les britanniques sont priés de se rendre au Jobcentre Plus, pôle emploi à l’anglaise, pour effectuer un entretien et s’engager à chercher un emploi. Un système très strict de surveillance s’ensuit alors avec un rendez-vous fixé toutes les deux semaines, qu’il ne s’agit pas de manquer, sous peine de radiation pure et simple.

Un article de France Info précise ainsi qu’un seul retard de 10 minutes à un entretien peut valoir radiation immédiate. Selon le réalisateur Ken Loach cela va même plus loin.

Dans cette interview, le réalisateur anglais parle ainsi du cas d’un mari perdant son emploi pour avoir accompagné sa femme à l'hôpital, d’un autre sanctionné pour ne pas avoir terminé son interview…à cause d’une crise cardiaque. Un dernier enfin, se voit supprimer ses allocations pour s’être rendu à l’enterrement de son père.

Dans toutes ces histoires, on voit percer la brutalité d’un système qui engendre un véritable cercle vicieux puisque les hommes sont sommés d’accepter le premier boulot qui leur est proposé, réduisant ainsi les possibilités d’obtenir un emploi plus stable ou une formation.

Une question de priorité

Eh bien, si ces mesures sont à la fois injustes et inefficaces, leur objectif est avant tout politique. Car ces sanctions n’ont en réalité qu’un effet marginal sur les fraudeurs qui sont d’ailleurs très peu nombreux. Ainsi, en France, 86% remplissent toutes leurs obligations. Mais il s’agit avant tout, pour les gouvernements, d’envoyer un signal de fermeté envers leurs électorats respectifs, de stigmatiser une population, pour opposer les misères entre elles.

Rappelons simplement qu’en France, selon un rapport de l’Assemblée Nationale, 36% des ayant-droit ne recourent pas au RSA, faute d’information ou par refus de l’aide publique.

Rappelons également que la fraude à la sécurité sociale et à pôle emploi est estimée en France à 700 millions d’euros, contre 80 milliards pour la fraude fiscale selon les chiffres mêmes du Trésor. Une question de priorité donc.


LES NOUVELLES DE L'ÉCO par Arjuna Andrade






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