Le chômeur, individu présumé coupable de ne pas rechercher un emploi

Au royaume de la « bienveillance », ce vade mecum du macronisme, les chômeurs sont présumés coupables de ne pas chercher un emploi qui souvent n’existe pas. Pourtant, on sait que les fraudeurs ne constituent qu’une infime minorité, évaluée à 0,4% des cas. On sait également que moins d’un chômeur déclaré sur deux est indemnisé et que nombre de sans-emploi sont exclus d’office des statistiques. Pas de quoi fouetter un chat de chômeur, donc.

Pourtant, Muriel Pénicaud a présenté un nouveau système pénalisant les demandeurs d’emploi incapables de prouver qu’ils ne cherchent pas activement du travail ou qui refusent une « offre raisonnable d’emploi ». Tout le problème est de savoir ce qui est « raisonnable » et ce qui ne l’est pas en termes de salaire, d’ancienneté, enfin de distance entre le domicile et le lieu de travail.

Désormais, les paramètres dépendront d’un échange entre le demandeur d’emploi et son conseiller Pôle Emploi. Le risque est de pas avoir les mêmes principes partout sur le territoire national et de transformer la réinsertion des chômeurs en élimination de ceux qui persistent à refuser n’importe quel boulot, dans n’importe quelles conditions et dans n’importe quel endroit.

Soyons clair. Qu’il y ait des tricheurs, là comme ailleurs, nul n’en doute, a fortiori dans une société où le sens civique ne résiste pas aux assauts du Veau d’Or. Qu’il faille les mettre face à leurs responsabilités, c’est l’évidence. Encore faut-il ne pas se tromper de cible, ne pas culpabiliser ceux qui le sont déjà, ne pas désigner des boucs émissaires, bref ne pas rendre les chômeurs responsables d’une situation qu’il faut ne jamais avoir connue pour la juger enviable.


Pourquoi les sans-emploi sont-ils d’office victimes de la cabale de la malveillance ?


Pourquoi les sans-emploi sont-ils d’office victimes de la cabale de la malveillance ? Pourquoi leur maintenir la tête sous l’eau au prétexte que s’ils la ressortaient, ils pourraient en profiter pour respirer trop à leur aise ? Pourquoi vouloir radier des listes toute personne ayant refusé à deux reprises une offre d’emploi dite « raisonnable » ? Pourquoi citer en exemple le modèle allemand, qui consiste à transformer les chômeurs en travailleurs payés au rabais afin de dégraisser les chiffres du chômage ? Pourquoi célébrer le modèle anglais qui oblige les allocataires à accepter n’importe quel job pour n’importe quel salaire, comme l’a si bien montré le cinéaste Ken Loach dans Moi, Daniel Blake ?

Qu’on le veuille ou non, les chômeurs sont soumis à la double peine. Non seulement ils n’ont pas de boulot, mais en plus ils sont suspectés de manger le pain de ceux qui en ont un. Certes, la culpabilisation est vieille comme le monde. Depuis la nuit des temps, on explique que pour toucher une aide publique plus ou moins justifiée, il faut la « mériter », un peu comme un enfant mérite sa récompense. L’idée a été enfoncée dans les têtes à coups de sermons grandiloquents. Seuls les puissants ont droit à une dérogation d’éthique, au prétexte qu’en s’enrichissant ils enrichissent les autres.

Au fil des ans, le Medef a obtenu presque tout ce qu’il quémandait, de la flexibilité générale à l’abondance des fonds publics versés sans contrepartie en passant par le rabotage du code du travail. Résultat : malgré une légère reprise de l’activité économique, les profits records du CAC 40 et les dividendes en or massif versés aux actionnaires, l’emploi reste ensablé dans les dunes de l’échec.


Les premiers responsables du chômage sont traités comme des êtres supérieurs, des gagnants, des risquophiles...


Pourtant, le même discours suit son cours, à croire qu’il suffit d’avoir tort pour persévérer. Par un retournement d’optique imposé à force de propagande, on arrive à une situation ubuesque qui voit les premiers responsables du chômage traités comme des êtres supérieurs, des gagnants, des risquophiles, tandis que les salariés exclus de monde du travail sont sommés de rendre des comptes, de justifier de leur bonne foi et de prouver leur innocence.

Michel Audiard disait : « La justice, c’est comme la Sainte Vierge, si on ne la voit pas de temps en temps, le doute s’installe ». Qu’ils croient ou non à la Saint Vierge, les chômeurs ont quelques raisons de douter.


Jack DION



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