Contrôle des chômeurs : discours et pratique

Dans le cadre de la réforme de l'assurance-chômage, le gouvernement souhaite renforcer le contrôle des chômeurs et durcir les sanctions en cas de non-respect des obligations. Pôle emploi a d'ores et déjà des équipes spécifiques dédiées au contrôle. Reportage à Nancy.

Aujourd'hui se tient l'une des dernières réunions hebdomadaires entre les partenaires sociaux sur la réforme de l'assurance-chômage. Parmi les sujets sur la table, avec l'indemnisation des indépendants et des démissionnaires, il y a le renforcement du contrôle des chômeurs, promesse de campagne d'Emmanuel Macron.
Le gouvernement entend durcir les sanctions pour ceux qui ne remplissent pas leurs obligations et renforcer le contrôle. Ce dernier est pas nouveau - les chômeurs ont toujours eu des devoirs. Ce qui l'est davantage, c'est l'existence d'équipes dédiées. Après deux ans d'expérimentation elles ont été généralisées à travers toute la France.

Reportage de Catherine Petillon à Nancy. A la Plateforme Grand-Est de Pôle emploi, une dizaine de conseillers mènent aujourd'hui ce contrôle.

La conseillère a sous les yeux le questionnaire renvoyé par un agent de fabrication, au chômage depuis août dernier. Elle a décidé de pousser plus loin les vérifications et de l'appeler. Les contrôles ont lieu le plus souvent de manière aléatoire. Parfois à la demande d'un conseiller. Les chômeurs doivent alors fournir les preuves de leurs démarches. En créant des équipes spécifiques, Pôle emploi a aussi standardisé sa méthode de contrôle. L'idée, c'est que les chômeurs soient traités de la même manière sur tout le territoire. Mais dans la pratique, face à des situations personnelles parfois difficiles, et dans des régions inégalement touchées par le chômage, les agents de Pôle emploi gardent une marge d'appréciation.

Ancienne chargée d'accompagnement, Fanny Frey a choisi de rejoindre l'équipe contrôle de la Plateforme Grand Est.


"Non pas dans l'objectif de sanctionner, mais pour repérer les chômeurs qui décrochent et les aider à relancer la machine. D'ailleurs, ce que l'on constate, c'est que l'immense majorité des chômeurs cherchent effectivement du travail"


 

C'est d'ailleurs ce qui ressort des chiffres - nationaux- publiés par Pôle emploi en novembre. 86 % des 270 000 demandeurs d'emploi contrôlés remplissent toutes leurs obligations. Et sur les 14% radiés, seuls 40 % étaient indemnisées par l'Unédic.
Mais syndicats et associations de chômeurs dénoncent un discours stigmatisant, générant beaucoup des difficultés.

C'est le cas notamment pour Angélique, 28 ans, présente ce jour là à la permanence hebdomadaire de la C.R.I.S.E, association de chômeurs de Nancy. Au chômage depuis le mois de septembre, elle ne trouvé beaucoup d'offre en lien avec son master 2 en psychologie.

"Régulièrement je reçois des mails qui me disent que je dois chercher un emploi; on nous met la pression en nous disant que notre CV n'a pas été actualisé depuis 15 jours. Mais en 15 jours je n'ai pas de nouvelles expériences à faire valoir. Je me sens acculée, en difficultés car je me dis que je sais ce que j'ai pas faire, mais il n'y a pas de travail. De nombreux psychologues sont précaires, il n'y a pas d'offre, ou alors des temps partiels à 20%. On fait comme si on ne voulait rien faire mais juste il n'y pas de travail"

Pour Jean-Marie Pillon, chercheur à l'Université Paris Dauphine, spécialiste des politique de gestion du chômage, le contrôle a peu d'effet sur le retour ou non à l'emploi. Mais le discours de la sanction, lui, produit des effets.

C'est tout à fait cyclique. En période de développement économique on va faire la chasse au travail au noir. Et en période crise ,on reproche de ne rien faire à la maison. On a déjà vu dans les années 70 et 80 cette image du chômeur profiteur. A l’époque on parlait du “chômeur-golfeur” pour désigner celui qui profiterait de ses allocations prélevées sur les travailleurs honnêtes. Ce sont des façons de présenter les choses à mille lieues de la façon dont les gens qui ont perdu leur emploi vivent leur situation . C’est un discours qui a un intérêt certain pour ceux qui l’utilisent qui est de faire baisser la légitimité d’une assurance chômage.

Il sous-tend donc l'ensemble de la négociation sur l'avenir de l'assurance-chômage, qui fera l'objet d'une loi au printemps





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