La reprise, c’est oui, la baisse du chômage, c’est non

Malgré la croissance, le marché du travail s’enlise dans un chômage élevé. À court et à moyen terme, la baisse des emplois aidés, les difficultés à recruter de certains secteurs et les licenciements de salariés à l’approche de la retraite empêchent d’inverser la courbe.

« Une croissance à 2 %, 250 000 emplois créés dans le secteur marchand », annonce tout sourire le ministre de l’Économie Bruno Le Maire en regardant les bilans de 2017 et les perspectives encore plus optimistes pour 2018. Les sourires se crispent et les « éléments de langage » surgissent quand on pose la question fatidique à tous les membres du gouvernement : « C’est pour quand la baisse du chômage ? » On ne jure de rien.

Promesse du temps de Hollande, cet objectif reste à l’état de pari très prudent et très lointain dans l’équipe Macron. « Le chômage a augmenté de manière inattendue au troisième trimestre 2017. Nous prévoyons une baisse du chômage à l’horizon de la mi 2018, à 9,4 %, soit 0,1 point de moins qu’un an plus tôt », explique Julien Pouget, chef du département conjonctures à l’Insee.

« La règle selon laquelle à partir de 1,5 % de croissance, le chômage baisse est dépassée en France », souligne l’OFCE, qui observe la conjoncture économique et sociale. Pourtant, la règle fonctionne encore chez nos voisins. En deux ans, le taux de chômage est descendu de 12,1 % à 8,7 % dans la zone euro quand il a seulement baissé de 10,5 % à 9,4 % en France.

Personnes sous qualifiées et postes non pourvus

La démographie dynamique du pays, qui se traduit chaque année par l’arrivée sur le marché du travail de 100 000 jeunes de plus que de partants en retraite, n’apporte qu’une part de l’explication.

« L’emploi marchand resterait très dynamique (de l’ordre de +100 000 par semestre) en 2018, mais en prenant en compte l’emploi non marchand, la progression se limiterait à +70 000 environ par semestre, essentiellement du fait de la baisse des emplois aidés », explique Julien Pouget. Outre leur effet statistique immédiat, ces emplois aidés ramenaient vers le travail des personnes peu qualifiées, très éloignées de l’emploi. Elles ne trouvent plus forcément l’équivalent sur le marché classique.

Autre explication, les milliers de postes non pourvus en France ( lire par ailleurs ). « La barrière liée à l’indisponibilité de main-d’œuvre compétente gagne de l’importance ces derniers mois, constate Julien Pouget. Dans l’industrie, une entreprise sur deux est confrontée à la difficulté de recruter. »

L’inadéquation entre la formation et la demande est pointée comme un mal français. Il concerne non seulement une Éducation nationale qui n’oriente pas les jeunes vers les filières en pénurie de personnel, mais aussi la formation professionnelle qui consacre trop de moyens pour les salariés en place par rapport aux chômeurs.

Seniors : l’année de la RCC

Enfin, le chômage des seniors pèse très lourd dans la balance. Impossible de le ralentir au contraire ( lire ci dessous ). Vingt ans après la RTT qui avait libéré le marché du travail aux jeunes, 2018 pourrait mettre à la mode le sigle RCC comme Rupture conventionnelle collective. PSA a donné le coup d’envoi de ce dispositif très adapté aux salariés seniors même si le gouvernement s’en défend. Un pari sur un troc cynique : licenciement de seniors contre embauche de jeunes ? La France a été avertie par l’OCDE 1 qui lui demande de maintenir ses seniors dans l’emploi plus longtemps. Sans quoi, il faudra assumer un chômage structurel très élevé et combler les déficits de l’assurance-chômage.

(1) Organisation de coopération et de développement économiques, qui regroupe les pays développés.

Pascal Jalabert


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