Au chômage, elle a trouvé la formation de ses rêves sans passer par Pôle emploi

Bédite, 54 ans, ex-employée de banque au chômage, a trouvé un travail de couturière à temps partiel et ce sans passer par Pôle emploi.

Bernard*, bientôt 60 ans, l'air désabusé, sort de Pôle emploi. L'ancien imprimeur se souvient de la seule formation proposée en cinq ans par son agence. C'était l'année dernière. Deux mois à « nettoyer un parc de banlieue », dit-il. « J'ai appris des semblants de trucs sur les fleurs, les plantes », se remémore, un sourire en coin, ce « chômeur longue durée » — comme il se définit lui-même — qui a perdu son travail avec le virage du numérique. Bernard relativise : « Les gens étaient sympas. » Mais la formation en tant que telle ? Il soupire. « Moi, je voulais me reconvertir dans les espaces verts. J'ai surtout l'impression qu'ils me l'ont proposée pour m'occuper et parce qu'il fallait le nettoyer, ce parc. Avec le groupe, on a eu l'impression d'être exploités, pris pour des idiots. Il fallait nous sortir des statistiques », confie celui qui craint « d'être trop vieux, de ne plus faire l'affaire sur le marché du travail ».

Devant le Pôle emploi de ce quartier populaire, les chômeurs défilent. Nombreux sont ceux, surtout les plus âgés, qui affirment avoir demandé des formations. Peu, au final, sont satisfaits. Il y a bien Bédite*, 54 ans, qui a travaillé dans la banque vingt-cinq ans avant de devenir couturière. Un rêve d'enfant. Mais ses formations « chemises homme » et « veste-tailleur », elle les a décrochées grâce à la mairie de Paris. « C'était très dur, très sélectif », explique la quinquagénaire, mi-intérimaire mi-chômeuse, qui « n'a jamais demandé aucun stage à Pôle emploi ». Et n'a jamais rien eu. « Sans formation, je n'aurais pas trouvé cet emploi ! » assure Bédite qui travaille désormais à temps partiel avec des grands noms du luxe à la française. Isa*, 55 ans, a eu la chance de suivre deux semaines de formation à l'e-learning avec l'Afpa (Association pour la formation professionnelle des adultes) pour devenir secrétaire administrative. Elle en est ressortie plus savante en informatique mais « comment voulez-vous apprendre un nouveau métier en quinze jours ? » interroge l'ancienne téléprospectrice.

« Les chômeurs ont besoin de formations qualifiantes. Le problème, c'est celles qui ne servent souvent à rien d'autre qu'à engraisser des centaines d'entreprises privées, dénonce Corinne Seirgé, membre de l'Apeis (Association pour l'emploi, l'information et la solidarité des chômeurs). La mode, en ce moment, ce sont les formations à la cuisine. Mais la seule chose qu'on y apprend, c'est à éplucher les légumes », ironise-t-elle.

* Les prénoms ont été changés.





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