Hausse du chômage : "Le marché du travail est moins dynamique qu’en début d’année"

Alors qu’il reculait depuis deux ans, le taux de chômage calculé par l’Insee a augmenté de 0,2 point au troisième trimestre. Une hausse pas si surprenante que ça pour Éric Heyer, économiste à l’OFCE.

INTERVIEW

A peine 0,2 point. Ça paraît peu et pourtant… Le taux de chômage a augmenté en France (Outre-mer incluse) au troisième trimestre, passant de 9,5% à 9,7%. Une hausse qui intervient après plus de deux ans de baisse ininterrompue et alors que tous les voyants économiques sont au vert depuis le début de l’année. Présentés ainsi, les chiffres publiés jeudi par l’Insee paraissent surprenants. "En réalité pas tant que ça", relativise Éric Heyer, économiste spécialiste du marché du travail à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Il explique à Europe 1 pourquoi il ne faut pas s’inquiéter outre-mesure.

Comment expliquez-vous la hausse du taux de chômage au troisième trimestre ?

Il y a trois raisons qui expliquent ce mauvais chiffre. D’abord, la forte baisse qu’on a connue au premier semestre était trop forte. On est passé en six mois de 10% à 9,5%, soit 132.000 chômeurs de moins, alors que sur toute l’année 2016, on avait perdu que 0,2 point. La baisse était logique au vu du retour en forme de notre économie mais on n’avait pas d’explication à l’ampleur de la vague. Aujourd’hui, on observe une compensation qui explique en partie la hausse du troisième trimestre.

Il y a une deuxième raison, plus statistique. Les personnes sans emploi qui étaient découragées et ne cherchaient même plus de travail, et donc qui étaient sorties des chiffres du chômage, sont de retour. Le "halo du chômage", comme on appelle cette catégorie de demandeurs d’emplois, a diminué de 59.000 personnes au troisième trimestre, soit autant de personnes qui sont à nouveau comptabilisées comme chômeurs par l’Insee. C’est le versant positif de cette hausse : les gens ont de nouveau espoir de pouvoir trouver du travail.

L’économie crée des emplois à un niveau plus observé depuis 15 ans. Comment se fait-il que le chômage augmente quand même ?

La réalité est plus nuancée. Certes, le secteur privé continue de créer des emplois, mais à un rythme moindre qu’en début d’année. Ce n’est pas lié à la croissance puisqu’elle reste régulière en 2017, autour de 0,5% par trimestre, mais parce qu’on a arrêté un certain nombre de dispositifs qui permettaient d’enrichir la croissance en emplois. Par exemple, au 1er juin, on a mis fin à la prime à l’embauche qui incitait les entreprises à recruter. Là, on subit le contrecoup, les créations d’emploi augmentent moins. A côté de ça, il y a un peu plus de destructions d’emploi dans le secteur public avec les coupes dans les emplois aidés. Globalement, le marché du travail est donc moins dynamique qu’il y a quelques mois.

Cette hausse est-elle inquiétante pour l’avenir ?

Malgré cette hausse ponctuelle, la tendance reste à la baisse. Depuis mi-2015, le chômage recule. Nous sommes passés de 10,4% à 9,7% de chômage en deux ans. Aujourd’hui, l’économie française est repartie. La croissance est là, c’est solide. Avec elle, les créations d’emploi suivent la bonne dynamique. Mais attention, elles ne sont pas non plus massives. Donc quand on arrête des dispositifs d’aide, cela se ressent tout de suite. Les créations d’emploi permettent tout juste d’absorber le nombre d’entrants net sur le marché du travail. On a une population active dynamique. C’est une bonne chose mais ça veut aussi dire qu’on a besoin de créations d’emploi nombreuses pour faire baisser le chômage. Aujourd’hui, on est sur cette ligne de crête. Souvent ça baisse mais sur un coup ça peut encore augmenter. C’est pour cette raison qu’on projette une baisse de 0,2 point du taux de chômage seulement sur l’année. Il faut rester prudent.

 



 

Par Clément Lesaffre et Olivier Samain


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>> Le taux de chômage en hausse en France au troisième trimestre | Le Monde | 16/11/2017



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