Emplois d’avenir : une pertinente analyse de Philippe Labbé

Mon ami Philippe Labbé publie dans Respublica, qui se définit comme ”journal de gauche, républicain, laïque et social”, un article tout à fait intéressant intitulé “Emplois d’avenir : une mesure insuffisante et des missions locales sous tension

Nous rompons en effet avec les publications sur le sujet qui se caractérisent essentiellement par la volonté de promouvoir le dispositif, ou au contraire de la dévaloriser, en particulier parce que cette mesure est remise dans la contexte des politiques de l’emploi “L’étude longitudinale des politiques de l’emploi, une cinquantaine d’années, révèle d’ailleurs qu’un marqueur des gouvernements de gauche a toujours été ce couple « économie non marchande – formation » », avec l’idée d’utilité sociale, alors que celui des gouvernements de droite, depuis les « plans Barre » des années soixante-dix, est la diminution du coût du travail via les exonérations… ce qui a fait entrer dans les têtes de tous, employeurs en premier lieu, qu’un jeune « vaut » moins qu’un adulte, qu’il est une dépense, pas un investissement.

Philippe aborde aussi une question d’actualité, le rôle des Missions locales dans la mise en oeuvre du dispositif en ces termes ”la pression quantitativiste et l’obligation de résultat imposées aux missions locales, plus généralement à tout le secteur social, négligent deux paramètres aussi essentiels qu’exogènes : ces dernières ne créent pas d’emplois, tout au plus changent-elles l’ordre dans la file d’attente des demandeurs d’emploi, pas plus que ce sont elles qui décident d’aller ou non travailler.”

Il complète son analyse en intégrant cette nouvelle mission dans leur contexte, aboutissant à la surcharge de travail, rendant la qualité difficile à atteindre, et limitant l’intensification de la relation entre un conseiller et chaque jeune ”les politiques publiques s’empilent, les nouvelles ultra-prioritaires, justifiées par l’urgence de la crise mais également par le risque de la sanction des urnes, ne remplaçant pas les anciennes toujours prioritaires : ANI, PPAE, CIVIS, emplois d’avenir, contrat de génération. Et, de soixante jeunes accompagnés par conseiller-ère, on en arrive à deux cents, trois cents… dans un marché du travail asymétrique en récession où, tout simplement, il n’y a plus d’offres et où le nombre de jeunes demandeurs d’emploi augmente”

Et Philippe aborde aussi une question trop peu présente dans les analyses, celle de l’évolution de la motivation des jeunes eux-même qui vient une “mutation de fond dans le rapport à la valeur travail. Bien entendu, la grande majorité des jeunes demandeurs d’emploi cherche à travailler mais, faisant de nécessité vertu, ceux-ci ont secondarisé la valeur travail : une grande enquête de la JOC (2011, 6 028 jeunes « 15-30 ans ») démontre que « faire une belle carrière professionnelle » n’arrive qu’en cinquième rang des aspirations des jeunes “, alors que les politiques publiques présentent encore comme objectif “un projet professionnel robuste, stable, linéaire, sanctionné par « l’accès à l’emploi durable »”

Merci donc à Philippe de donner, par son questionnement, du sens à un programme dont il faut espérer qu’il ne sera pas dévié de ce qui lui donne sens, un public privilégié les jeunes de faible niveau de qualification, et une priorité vers les employeurs du secteur non marchand (ce qui n’empêche pas des assouplissements au la loi permet, mais qui ne doivent pas changer la raison même d’être de ce programme)

Nous apporterons toutefois une nuance au propos de Philippe. Si bien sur quelques grandes villes de droite refusent ce programme pour des raisons purement idéologiques (voir Emplois d’avenir et collectivités locales : une certaine frilosité et des oppositions affirmées à Toulon, Nice…), ce n’est pas le cas d’une majorié des plus petites villes et communautés, et pas seulement pour des raisons clientélistes (voir Emplois d’avenir : la majorité des communes de droite refuse le blocage idéologique), mais par une réelle volonté d’offrir des solutions concrètes à leurs jeunes. Et il existe aussi au moins une garnde ville de gauche qui ne s’engage pas dans ce programme (voir A Lyon le refus de Gérard Collomb de mettre en place les emplois d’avenir fait débat)

C’est en ce sens que, pour notre part, nous continuerons dans ce blog, à être vigilants sur des dérives, relativeemnt peu nombreuses, qui risquent de faire tort au programme lui-même, convaincus que c’est la meilleure façon de contribuer à sa réussite (voir, outre l’épisode désastreux de la CAF du Var, que l’on peut suivre ici, Pôle emploi exige un niveau Bac + 5 pour un emploi d’avenirUn secrétaire général de mairie en Emploi d’avenir,  Un poste de conseiller en Mission locale en emploi d’avenir !Du clientélisme pour le recrutement des emplois d’avenir au conseil général des Bouches du RhôneA Calais, on envisage de remplacer des aides à domiciles contractuelles par des emplois d’avenir et 200 emplois d’avenir, tous à mi-temps : est-ce bien raisonnable ?)

@ Michel Abhervé pour Alternatives Economiques

Michel Abhervé

Professeur associé à l'université de Paris Est Marne la Vallée, il y enseigne l'économie sociale et les politiques publiques dans une licence professionnelle « Management des organisations de l'économie sociale ». Il a mis en place la possibilité de suivre cette formation en apprentissage. Il intervient également dans le Master rénové «Management de l'insertion dans l'économie sociale et solidaire » et contribue à l'animation du site ressources pour l'économie sociale www.univ-mlv.fr/ecosoc.

Michel Abhervé a exercé des responsabilités politiques en étant pendant plus de 20 ans élu à Evry et au conseil régional d'Île-de-France. Il a en particulier suivi des dossiers concernant l'insertion, la formation professionnelle, assuré la présidence de l'Union nationale des missions locales, et vient de suivre pour les employeurs de l'économie sociale le Grenelle de l'insertion, à travers un blog

>> Le blog de Michel Abhervé (Alternatives Economiques)







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