Chômage : les sombres perspectives de l’OCDE pour la zone euro

Le rapport annuel de l’OCDE sur les perspectives de l’emploi 2013 dresse un sombre tableau pour les prochains mois dans les pays de la zone euro. Le chômage va poursuivre son ascension jusqu’au quatrième trimestre 2014

Le constat est sans appel. A l’exception de l’Allemagne et de l’Estonie, le chômage est appelé à progresser dans la zone euro d’ici à la fin de 2014. L’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) dans son rapport annuel sur les perspectives de l’emploi 2013, publié aujourd’hui, juge que « la situation du marché du travail va rester difficile à court terme ».

Contrairement à ce qu’a avancé le président de la République Française, François Hollande, le 14 juillet dernier, la reprise n’est pas au rendez-vous. « La demande globale » va « continuer de faiblir de manière significative en France, en Grèce, au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Pologne, au Portugal, en République Tchèque, en Slovénie et en Turquie », indique l’Organisation. Résultat : le taux de chômage prévu au quatrième trimestre 2014 va s’envoler à 28,2% pour la Grèce (contre 26,8% en mai dernier), à 18,5% pour le Portugal (17,6%), à 12,6% pour l’Italie (12,1%) ou bien encore à 11,2% pour la France (10,9%). Dans l’ensemble de la zone OCDE, « plus de 48 millions de personnes sont sans emploi », soit « environ 16 millions de plus qu’au début de la crise ». Pire, avertit l’OCDE, « la persistance de hauts niveaux de chômage et notamment de chômage de longue durée accroissent le risque d’une hausse du chômage structurel ». Or, « plus on laisse persister un niveau de chômage conjoncturel élevé », plus les gouvernements prennent « le risque de voir le chômage devenir structurel et plus il sera difficile de le ramener aux niveaux d’avant crise ». 

« Partenariats intergénérationnels »

Si l’on se penche sur les différentes catégories socio-professionnelles, ce sont surtout les jeunes peu qualifiés et les hommes d’âge très actif (25-54 ans) peu qualifiés qui ont été sévèrement touchés. Fait notable, le taux d’emploi des seniors a progressé « même si leur taux de chômage ont généralement augmenté eux aussi ». A cet égard, les experts de l’OCDE constatent que si les travailleurs âgés se sont en général retirés massivement du marché de l’emploi lors des récessions des années 70, 80 et du début des années 90 (grâce à la mise en place par les gouvernements de mesures de préretraites), ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’idée qu’un emploi senior pouvait être occupé par un junior a fait long feu. De telles stratégies « ont eu des conséquences lourdes et durables pour les finances publiques et la croissance économique potentielle », écrit l’OCDE. Comme elle le souligne, ses stratégies étaient basées sur la notion de « quantité fixe de travail ». Rien n’est plus faux. L’emploi n’est pas une quantité donnée mais un résultat. A cela s’ajoute le fait que junior et senior sont complémentaires et non substituables. L’expérience prouve, selon l’OCDE que « des taux d’emplois élevés chez les seniors sont associés à des taux d’emplois élevés chez les jeunes ». Aussi, l’Organisation prône-t-elle une approche innovante qui consisterait à investir dans la mise en place de « partenariats intergénérationnels » effectifs entre jeunes et senior. La Belgique, la France, l’Italie et l’Espagne se sont engagés sur cette voie, relève l’Organisation qui précise toutefois qu’il est encore trop tôt pour juger de leur pertinence. « Cela étant, ils favorisent une culture de coopération entre les générations et c’est peut-être là leur principal mérite ».

Au total, pour lutter efficacement contre la hausse du chômage, l’OCDE prône un soutien de la demande globale par des politiques monétaires accommodantes notamment et des politiques budgétaires ciblées. Mais pas seulement. Les gouvernements doivent aussi trouver un subtil équilibre entre indemnisation du chômage et politique active d’aide à la recherche d’un emploi par une réforme des organismes publics en charge de cette mission. Pour ce faire, les pays membre de l’OCDE pourraient s’inspirer des méthodes en vigueur dans sept d’entre eux (Royaume Uni et Japon notamment) où les marchés de l’emploi ont mieux résisté à la crise de 2008. Que ce soit en terme d’appariement des offres d’emplois avec la demande, la gestion de la recherche d’emploi et de l’indemnisation des chômeurs ou encore la législation en matière de licenciement individuel ou collectif ...


Richard HIAULT


Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir