Non, Pénicaud ne commentera pas (non plus) les chiffres du chômage de fin juin

Fidèle à la ligne qu'elle s'est fixée il y a deux mois, la ministre du Travail ne se prononcera pas sur l'évolution du nombre d'inscrits à Pôle emploi à fin juin, qui doit être rendue publique à 18 heures. Elle prévoit de sortir du bois dans un mois, avec la publication d'un tableau de bord plus complet et fiable sur le marché du travail.

Si Muriel Pénicaud a retenu une chose de Myriam El Khomri lors de la passation de pouvoir entre les deux femmes le 17 mai, c'est de ne surtout pas s'embarrasser -traduisez, ne surtout pas commenter- des chiffres mensuels du chômage. Un conseil que la ministre du Travail, qui porte sur ses épaules la première énorme réforme du quinquennat d'Emmanuel Macron, celle du Code du travail -que d'aucuns considèrent comme la mère des réformes-, a décidé d'appliquer à la lettre. Et ce, surtout ce mardi 25 juillet alors qu'elle enchaîne dans la matinée avec Édouard Philippe à Matignon les entretiens pour clore définitivement la première phase de concertation de la réforme avec les partenaires sociaux -ils doivent voir Pierre Gattaz, Jean-Claude Mailly, Laurent Berger et François Asselin- et qu'elle doit défendre dans l'après-midi le projet de loi qui autorise le gouvernement à agir par ordonnances en séance au Sénat.

Autant dire donc qu'elle ne jettera qu'un œil distrait, pour ne pas distancié, aux statistiques des demandeurs d'emploi inscrits à fin juin à Pôle emploi, les fameux DEFM dont François Hollande avait promis pendant son quinquennat d'inverser la courbe au bout d'un an de pouvoir -il n'y parviendra qu'au bout de 4 ans et pas de manière durable- qui doivent être rendus publics à 18 heures. D'ailleurs, Muriel Pénicaud a été très claire dès son arrivée rue de Grenelle: elle, ministre du Travail, «ne fera pas de commentaire sur ces données mensuelles». Explications -qu'auraient rêvé de pouvoir mettre en avant ses prédécesseurs rue de Grenelle: Michel Sapin, François Rebsamen et Myriam El Khomri- à l'appui...


«La périodicité mensuelle de cette donnée entraîne une volatilité structurelle de l'information qui brouille plus qu'elle n'éclaire les tendances de fond sur le niveau de chômage»
Muriel Pénicaud, le 24 mai 2017


«Le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi, dans toutes les catégories, peut être affecté, chaque mois, par différents événements de nature administrative, entraînant une fluctuation des inscriptions qui ne reflète pas bien l'évolution du marché du travail, plaidait-elle en effet il y a deux mois. La périodicité mensuelle de cette donnée entraîne par ailleurs une volatilité structurelle de l'information qui brouille plus qu'elle n'éclaire les tendances de fond sur le niveau de chômage. C'est pourquoi ces données ne sont pas utilisées dans les comparaisons internationales qui reposent, elles, sur le taux de chômage défini par le Bureau international du travail, selon les normes statistiques internationales, et publié tous les trimestres par l'INSEE».

Circulez, il n'y a rien à voir et savoir donc... Il faut dire que l'évolution des DEFM depuis le début de l'année n'a rien de réjouissant et va à l'encontre de tous les indicateurs macroéconomiques (prévision de croissance, emploi salariés, climat des affaires...) repassés les uns après les autres dans le vert. Le nombre d'inscrits en catégorie A (sans activité) à Pôle emploi en France entière (dom compris) a en effet progressé de 28.400 sur les cinq premiers mois de l'année pour atteindre les 3,75 millions et compte, au final, trois hausses pour deux baisses. Sur un an, la tendance est encore positive, avec un reflux de 26.700 inscrits mais elle est loin de ce qu'elle était en décembre 2016 lorsqu'elle affichait un recul de 109.700 chômeurs sur douze ans glissants.

Le bilan est plus noir encore si l'on intègre dans le viseur les inscrits dans les catégories B et C, les fameuses «activités réduites» qui regroupent les demandeurs d'emploi qui déclarent en parallèle des petits boulots (de plus ou moins 78 heures par mois). Sur les cinq premiers mois de l'année, le nombre d'inscrits s'est effet envolé de 99.300 en catégories A, B et C pour atteindre le niveau record de 5,864 millions. Quant aux inscrits toute catégorie (y compris donc les D et E qui recensent les demandeurs d'emploi non obligés de rechercher activement un emploi pour cause de stage, de contrat aidé, de création d'entreprise, de congé maladie...), ils ont bondi de 52.400 sur 5 mois, de 123.200 en un an et de près de... 3 millions depuis le déclenchement de la crise à la mi-2008 pour dépasser aujourd'hui les 6,6 millions. En 109 mois, cet indicateur très peu commenté mais qui en dit long sur l'état de la France n'a en effet connu que... 12 baisses.


«L'économie française ne crée toujours pas suffisamment d'emplois pour inverser, dans la durée, le nombre de chômeurs»
Éric Woerth, le 26 juin 2017


Les commentaires sur les DEFM, Muriel Pénicaud les laisse donc aux autres. Et ils ne se lassent pas d'ailleurs de le faire. Florilège le mois dernier, après la hausse de 23.300 inscrits enregistrée en catégorie A et de 27.900 en A, B et C à fin mai. «Le quinquennat d'Emmanuel Macron démarre d'une bien mauvaise façon», avait ainsi lancé l'ex-ministre du Budget de Nicolas Sarkozy et tout nouveau président LR de la commission des Finances de l'Assemblée Éric Woerth. «La nouvelle hausse des chiffres du chômage montre qu'il faut continuer résolument la baisse de charges engagée par le pacte de responsabilité, et enclencher sans plus tarder les réformes structurelles», avait pour sa part réagi le Medef. «Le nombre de demandeurs d'emploi augmente et le Code du travail n'y est pour rien», avait encore commenté FO, en référence au projet de réforme par ordonnances du président, censé libérer les énergies et ainsi faire reculer le chômage.

La ministre du Travail ne restera toutefois pas muette éternellement. Elle devrait retrouver la parole à la fin août, avec la publication très attendue d'un tableau de bord sur l'emploi et le chômage s'appuyant sur les données de création d'emplois et de chômeurs au sens du BIT, plus fiables, publiées par l'Insee. Selon le cabinet de Muriel Pénicaud, il ne s'agit pas de supprimer l'indicateur de Pôle emploi, mais «de lui rendre sa juste place» en le faisant cohabiter avec d'autres chiffres «plus transparents et plus pertinents». Au final, il y aura «plus de données sur la table, pas moins», assure le cabinet. Rendez-vous donc dans un mois avec des chiffres du chômage relookés.


Marc Landré



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